Tomber dans le Piège Iranien, V: Flashback: La Guerre Sans Fin, et la Recherche Destructrice de "Sens"
Dans les dernières parties de cette série (que je compte terminer plus tard dans la journée et/ou demain), je traiterai en particulier le « problème Iranien » : ce qu’est précisément le problème aujourd’hui et ce qu’il pourrait être dans le futur, en opposition aux fantasmes infondés et largement hystériques que beaucoup ont fabriqués à partir de leur propres cauchemars, et quelles solutions seraient infiniment préférables à une attaque militaire presque certainement désastreuse – des solutions qui éviteraient une guerre régionale et qui seraient entièrement efficaces pour contenir toute menace que l’Iran pourrait représenter.
Avant de parler de ce qui est à mon avis le problème géopolitique plus restreint, je veux insister et m’étendre un peu sur certains aspects des dynamiques impliquées. Je comprends parfaitement que la grande majorité des gens se concentrent en premier lieu (et souvent exclusivement) sur les seuls problèmes politiques. Et ce n’est pas que je crois que ces problèmes politiques ne soient pas importants. Au contraire, ils sont d’une grande importance et souvent ils sont absolument cruciaux, et c’est pour cela que j’ai passé tellement de temps à écrire là-dessus ces dernières années.
Mais je continuerai à essayer de convaincre la plupart des gens qu’il est crucial de comprendre les forces supérieures en jeu. Quand nous considérons que le conflit et la guerre constituent le thème primordial et continu dans l’histoire de l’humanité – et quand nous comprenons que ces guerres sont fréquemment vues rétrospectivement, même par ceux qui en furent les principaux responsables, comme complètement futiles et ayant eu comme résultat une destruction et des pertes humaines immenses sans aucune raison qui en valait la peine – nous sommes amenés à nous demander pourquoi nous sommes aussi prompts à répéter cette histoire tragique encore et encore. Les considérations politiques à elles seules ne peuvent pas expliquer cette volonté de la part de tant de personnes d’agir de manière, en fin de compte, profondément autodestructrice.
J’ai suggéré quelques unes des racines de cet enthousiasme pour la guerre dans la 3ième partie de cette série, lorsque j’ai discuté des observations de Chris Hedges sur la « réalité mythique » de la guerre[NdT:traduit là]. Hedges note que : « Dans la guerre mythique, nous combattons des absolus. Nous devons vaincre les ténèbres. Il est impératif et inévitable pour la civilisation, pour le monde libre, que le bien triomphe… » Le point crucial est que c’est toujours de cette façon que les conflits sont vus et justifiés – même quand il est manifestement évident que des termes aussi absolus que le bien et le mal sont complètement impossibles à utiliser.
Si nous voulons tracer les contours généraux de l’histoire moderne, et si nous voulons découvrir comment exactement nous en sommes arrivés aux conflits internationaux auxquels nous faisons face aujourd’hui, nous finissons toujours par examiner une fois de plus le premier conflit où tant de choses ont commencé : avec la 1ère Guerre Mondiale. J’ai retracé une partie des conséquences planétaires de la Grande Guerre lors de la 2ième partie, La Folie de l’Intervention[NdT:traduit là]. Je suis toujours en train de parcourir les archives d’anciens essais que j’ai sauvegardés, et je re-poste ceux qui sont les plus pertinents pour les questions dont je discute. Je suis récemment tombé sur un post que j’avais entièrement oublié, publié le 31 octobre 2004.
Voici comment l’entrée commence (avec quelques commentaires entre parenthèses pour clarifier):
Dans un post l’autre jour, j’ai décrit la 1ère Guerre Mondiale comme l’évènement fondateur qui a mené au règne sans fin de l’horreur durant le 20ième siècle :Fromkin a écrit un autre livre excellent, Europe’s Last Summer, Le Dernier Eté de l’Europe, sur les nombreux facteurs qui ont mené à l’éruption de la 1ère Guerre Mondiale. Il se repose en grande partie sur des recherches récentes qui ont examiné de nombreux documents qui étaient indisponibles auparavant.
“Bien sûr, l’Occident en general a été au centre des développements au Moyen-Orient depuis la 1ère Guerre Mondiale, et comme je l’ai noté [dans un post antérieur], en référence au livre inestimable de David Fromkin, A Peace to End All Peace, Une Paix pour Mettre Fin à Toute Paix. Lorsque l’on considère le long arc de l’histoire, on ne peut pas disputer que tous les conflits majeurs du 20ième siècle sont nés des évènements mis en marche par la Grande Guerre, et particulièrement ils sont la conséquence de l’implication des Etats-Unis dans ce conflit – une implication qui était entièrement une question de choix, et pas de nécessité. Le rôle des Etats-Unis dans la 1ère Guerre Mondiale a mené à la montée de la Russie Soviétique, ainsi qu’à une paix qui mena à la montée de l’Italie Fasciste et de l’Allemagne Nazie. Et le genre de « paix » que les Etats-Unis ont permis de prendre racine après la 2nde Guerre Mondiale – quand Churchill et Roosevelt donnèrent à Staline tout ce qu’il voulait et plus encore, assurant ainsi que la Russie fût le seul véritable vainqueur de ce terrible conflit – mena directement à la Guerre Froide, y compris le conflit par armées interposées avec l’Union Soviétique en Afghanistan, qui en grande partie nous a mené là où nous sommes aujourd’hui.
« La leçon de cette histoire est implacable, et impitoyable : l’intervention à l’étranger mène toujours à des conséquences imprévues et indésirables (c’est-à-dire, indésirables du point de vue des buts généralement déclarés des interventionnistes eux-mêmes), et elle mène toujours à des dangers plus grands que ceux qui existaient avant l’intervention. Ainsi on prépare la situation à « justifier » toujours plus d’intervention – ce qui amène les mêmes résultats, assurant ainsi que le cycle continue indéfiniment, alors même qu’il exige un nombre de plus en plus grand de victimes. »
A la fin de l’un de ses derniers chapitres, “What Was It About?”, « Pour quelles raison on l’a faite ? », Fromkin résume ce que les historiens ont été capable de déterminer sur les motifs réels qui ont mené à l’éruption et à la continuation de ce conflit désastreux. Souvenez-vous qu’une fois que la 1ère Guerre Mondiale était en route, le conflit était dépeint – comme il l’est toujours en fin de compte – comme un conflit entre le Bien et le Mal.
Mais, en fait, les parties étaient au depart intéressées par des problèmes beaucoup plus restreints – des problèmes qui, face aux pertes humaines terribles et à l’immense destruction de la Grande Guerre, semblent impardonnablement ordinaires :
Il y eut un temps où il était habituel que les historiens disent… que le duel Anglo-Allemand dans la 1ère Guerre Mondiale concernait le défi de l’Allemagne à la suprématie Britannique dans le système Européen d’alors. On présentait l’Angleterre comme un pays se battant dans une guerre défensive pour préserver le status quo ; l’Allemagne, elle, était un aggresseur dynamique cherchant à changer le monde.Remarquez que, au départ, la 1ère Guerre Mondiale était uniquement une question de pouvoir dans le sens le plus superficiel : à quel point les pays impliqués pensaient qu’ils pourraient contrôler de vastes morceaux du monde et influencer les évènements futurs. Il n’y avait pas de bataille entre le Bien et le Mal : cela vint plus tard, quand les leaders politiques eurent besoin d’une cause et d’une rationalisation pour pouvoir justifier le massacre insensé à leurs populations respectives.
Cette théorie a besoin de précisions. L’Allemagne et la Grande Bretagne cherchaient au moins à certains égards à préserver l’équilibre des pouvoirs pré-existant, tels qu’ils le percevaient. L’Allemagne ne pouvait pas se permettre de perdre l’Autriche que ce soit en tant qu’allié ou en tant que Grande Puissance ; la Grande Bretagne ne pouvait pas se permettre de perdre la France que ce soit en tant qu’allié ou en tant que Grande Puissance. L’Allemagne se battit pour sauver l’Autriche ; la Grande Bretagne se battit pour sauver la France. Au départ, les deux camps entrèrent en guerre pour retenir ce qu’ils avaient : leur allié le plus proche. Dans ce sens, c’était – au départ, même si c’était uniquement au départ – un conflit défensif des deux côtés.
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Ce qui poussait un pays à entrer en guerre n’était pas toujours la même chose qui le poussait à continuer la guerre. Ils entraient en guerre pour une série de raisons, mais développaient d’autres raisons pour combattre leurs ennemis alors que le conflit continuait. Les divergences avec l’autre côté s’élargissaient, s’intensifiaient, et se déplaçaient sur de nouveaux domaines. L’entrée des Britanniques dans le conflit transforma une guerre Européenne en une guerre mondiale. L’entrée de l’Amérique dans la guerre et dans les affaires mondiales en 1917 changea les équations de l’équilibre-des-pouvoirs. La participation de l’Amérique, avec les deux révolutions Russes de cette année, amena des dimensions idéologiques qui étaient absentes auparavant, mais qui allaient modeler le reste du 20ième siècle.
Au départ, cependant, c’était simplement des Grandes Puissances qui se battaient pour rester là où elles étaient et pour s’accrocher à ce qu’elles avaient.
C’est important – mais ce n’est pas suffisant. Cela n’explique toujours pas la volonté des leaders d’initier un tel conflit, surtout quand il était parfaitement clair qu’ils mettraient en marche des évènements qui pourraient rapidement et désastreusement échapper à tout contrôle – comme ils l’ont fait presque immédiatement. C’est là que les facteurs culturels et intellectuels plus généraux entrent en jeu. Dans la 3ième Partie[NdT:traduction ici], j’ai cité un article très perceptif de Matt Taibbi. Rappelez-vous d’une phrase clé dans l’article de Taibbi : « La guerre permanente n’est pas une politique imposée d'en haut ; c’est un impératif émotionnel qui vient du fond. »
Taibbi décrivait certains des supporteurs de Bush les plus dévoués mais, comme je l’ai indiqué, cette dynamique a un champ d’application tragiquement plus large. Mon post du 31 octobre 2004, mentionnait une excellente contribution dans le Boston Globe par H.D.S. Greenway, une contribution que je suis heureux de voir toujours en ligne. Considérez ces observations dans l’article de Greenway :
Plus de 90 années se sont écoulées depuis cet août 1914 quand une Europe paisible et progressiste a pris fin. Les historiens peuvent attribuer la plupart des malheurs du siècle – la montée de Hitler et la 2nde Guerre Mondiale, la révolution Bolchevique, Staline, et la Guerre Froide – à cet effrondrement fatal de l’ancien ordre qui vint avec la 1ère Guerre Mondiale. Curieusement, avant que le massacre dans les tranchées ne les détrompe, nombre d’Européens en 1914 accueillirent l’apocalypse annoncée comme une force purificatrice pour le bien moral des nations, un nettoyage de ce qu’ils croyaient être corruption et décadence.Greenway a tort sur un point crucial : la notion qu’une Grande Guerre « pourrait rétablir une fibre morale » était aussi une partie de la campagne Wilsonienne de l’entrée de l’Amérique dans le conflit. A cet égard, les forces qui ont poussé Wilson et ses supporteurs et l’Allemagne Impériale étaient en grande partie les mêmes, et c’est de cette tradition que la politique étrangère de Bush résulte. Dans la période précédant la 1ère Guerre Mondiale, l’idée que la guerre représentait une force pour le « bien moral » était fermement défendue par certains intellectuels Américains – et plus particulièrement par un sous-groupe de ces intellectuels.
Il y eut aussi une forte croyance en l’empire, dans les effets civilisateurs de ce que les Européens pouvaient apprendre à « ces races inférieures sans lois, » comme le disait Rudyard Kipling.
Les dernières décennies du 19ième siècle furent nommées la Belle Epoque, un âge matérialiste, hédoniste de paix et de richesse qu’aucun nuage lointain ne pourrait jamais menacer. Ou en tout cas c’est ce qu’il semblait.
Pourtant, aussi plaisants qu’ont pu être ces derniers jours de paix, il y avait des intellectuels mécontents. Adam Gopnik, dans le New Yorker, cite Thomas Mann sur la guerre en tant que nécessité morale, « à la fois une purge et une libération. » En Angleterre, « tout vestige d’Oscar Wilde serait enfin balayé, et le règne de Kipling serait assuré, » dit Gopnik.
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Est-ce que les plans Allemands pour la guerre de 1914 et le rêve Allemand de propager la Kultur à d’autres nations par la force ont eu un écho un siècle plus tard dans l’Amérique et ses plans pré-11 septembre d’envahir l’Iraq pour propager la démocratie et la Kultur Américaine à des races inférieures sans lois ? Si c’est le cas, alors l’assassinat de l’archiduc d’Autriche à Sarajevo en 1914, et ceux du 11 septembre 2001, ont fourni à chaque groupe d’idéalistes narcissiques la crise dont ils avaient besoin pour mettre leurs plans à exécution.
La politique étrangère de George Bush est qualifiée de « Wilsonienne, » mais peut-être qu’elle a plus à voir avec une Allemange Impériale qui pensait qu’une bouffée de poudre à canon et l’utilisation d’une puissance brute au service de l’empire pourrait rétablir une fibre morale, ainsi que refaire le monde à son image.
Comme les rêveurs Allemands de 1914, les guerriers de l’administration Bush n’avaient que peu de doute que leur Kultur était supérieure et que tous ceux à qui on l’imposait seraient en fin de compte reconnaissants. Ni l’état-major du kaiser, ni Donald Rumsfeld ne semblaient avoir le moindre doute que les guerres qu’ils préparaient ne seraient pas terminées avant Noël. L’Allemagne Impériale avait préparé son plan von Schlieffen pour la conquête de la France longtemps avant que les hostilités ne commencèrent, et les Etats-Unis avaient leur plan Wolfowitz pour l’Iraq bien avant que le 11 septembre ne présenta une occasion de l’utiliser.
Les rêveurs Allemands perdirent la guerre et leur kaiser. Les plannificateurs de la guerre de George Bush ont probablement perdu la guerre en Iraq et ont presque certainement rendu la bataille plus importante – celle contre le terrorisme extrêmiste Islamique – plus difficile.
Le New Republic [NdT:journal Américain plutôt à gauche] aujourd’hui s’est mis au service de la machine de propagande de Bush, avec ses innombrables articles à la défense de la guerre en Iraq et son plaidoyer infatiguable pour un parti Démocrate « dur » sur les questions de sécurité nationale – « plus dur » encore que les Républicains. Mais l'histoire du New Republic des soutiens profondément erronés à une politique étrangère agressivement interventionniste et une Amérique militarisée est vieille de presque un siècle. Le magazine fut une force significative dans la poussée pour l’entrée de l’Amérique dans la 1ère Guerre Mondiale.
Comme Arthur Ekirch l’écrit dans The Decline of American Liberalism, Le Déclin du Libéralisme Américain (qui n’est aujourd’hui malheureusement plus imprimé) :
Dans le groupe du New Republic, personne n’était plus engagé dans le plaidoyer pour la préparation et la guerre que son éditeur. [Herbert] Croly, par exemple, croyait que le programme de préparation de 1916, bien qu’il violât les traditions historiques de l’Amérique, était nécessaire à cause de la déclaration du Président Wilson lors de l’été 1915 qu’il y avait un risque de guerre. Croly fit remarquer que les Etats-Unis, suivant le courant de l’histoire Européenne, pouvaient difficilement éviter d’adopter certaines des caractéristiques de la vie Européenne, y compris un certain degré de militarisation.On pourrait être capable de pardonner à Peter Beinart d’avoir complètement et gravement tort, même si je ne le peux pas en ce qui me concerne. C’est beaucoup plus difficile de lui pardonner d’être complètement prévisible. Mais il pourrait gagner un peu de temps, et simplement réimprimer les nombreux articles de Croly de la période de la 1ère Guerre Mondiale. (Et il pourrait apprendre une leçon morale très différente en envisageant l’horreur représentée par un résumé du nombre de tués et de blessés de la Grande Guerre. Essayez de saisir l’énormité de la tragédie contenue dans ces nombres. Personnellement je trouve ça impossible.)
“La nation Américaine,” déclara-t-il, “a besoin du remontant d’une aventure morale sérieuse.”
Cela nous laisse encore la question sous-jacente : ce qui fait que tellement de personnes soient aussi portées à accepter la guerre sans fin, et qu’elles soient aussi réceptives aux appels à ‘une aventure morale sérieuse, » ou à la quête de « grandeur nationale », et à la recherche de « sens » dans la vie sous la forme de la guerre, la mort et la destruction ? Dans ce post d’octobre 2004, j’ai fait référence à mon essai, When Life and Happiness Are Not Enough, Quand la Vie et le Bonheur ne Suffisent Pas, j’offre une fois de plus quelques passages pertinents:
On devrait ici garder en tête une distinction importante. Je ne nierais jamais que les attaques du 11 septembre nécessitaient une réponse (et je pense que presque personne n’a défendu une telle position, malgré les déclarations du contraire de la part des faucons) ; en fait, j’ai indiqué à de nombreuses occasions que je crois qu’elles nécessitaient effectivement une réponse décisive. Mais si l’on tenait vraiment à éliminer des menaces terroristes futures, on aurait dû se concentrer sur toutes les causes qui y ont mené. Aucune de ces causes n’excusent de tels actes de barbarisme, mais elles expliquent certaines des forces qui ont mené à un résultat aussi horrible – et elles montrent aussi les changements dans notre politique étrangère qui minimiseraient les risques qui nous seraient imposés. Parmi ces changements, il y aurait une réduction, et finalement l’interruption, de notre politique étrangère agressivement interventionniste, une politique d’ingérence partout sur la planète qui a mené à des retours de flamme sous d’innombrables formes.Mon essai antérieur explore ces questions plus en détail.
Mais ce que nous voyons dans la réaction des faucons et des néoconservateurs au 11 septembre, une réaction qui inclut leur grand plan pour reconstruire le monde continent par continent, est quelque chose de complètement différent : leur réponse n’est pas dirigée uniquement vers l’élimination de la menace terroriste. En fait, la vérité est encore plus dangereuse que cela : dans le sens le plus profond, je ne pense pas que leur réponse soit réellement guidée par ce but à aucun égard que ce soit. Souvenez-vous : comme l’article de Robin [dans le Washington Post] le montre, le mécontentement des conservateurs face à un gouvernement minimum dévoué ‘uniquement’ à appliquer les lois et les contrats, et qui ne fait ‘que’ promouvoir ‘l’intérêt personnel,’ est bien antérieur au 11 septembre. Ils mouraient d’envie et d’impatience de mettre en marche un plan beaucoup plus important – et le 11 septembre est tragiquement devenue la plateforme de lancement idéale pour leur projet mondial.
Robin fournit encore plus de preuves pour soutenir cette opinion.
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Mais vous avez ici la tragédie profonde qui sous-tend la recherche sans fin de “sens,” et l’incapacité de nombreux néoconservateurs (et de nombreuses autres personnes, sans aucun doute) de trouver l’épanouissement dans le « simple » bonheur personnel. Parce que l’autonomie telle que définie par Miller n’a jamais existé pour ces gens – c’est-à-dire, parce qu’un moi réel, authentique, n’a jamais reçu la permission de se développer – de telles personnes n’ont pas de moi à satisfaire, ou à rendre heureux. L’accomplissement du bonheur personnel, dans le sens le plus profond, nécessite d’abord l’existence d’un moi neuf, véritable et plein de vie – qui à la fois se connaît et connaît les valeurs particulières qui l’amèneront au bonheur. Mais si ce moi n’a jamais pu naître lors de l’enfance, et si l’adulte est incapable ou non disposé à développer un moi authentique plus tard dans la vie, le bonheur personnel véritable est un fantasme qui ne deviendra jamais réalité.
Dans un tel cas, la personne sera poussée à chercher du “mystère,” de la “vitalité,” une grande “croisade,” ou une version de la “grandeur nationale” – et elle regardera avec mépris des choses comme les “marchés,” et l’application des lois et des contrats, et la paix, et la prospérité. De cette manière, également, la mort, la souffrance et la destruction deviennent « idéalisées » -- parce qu’elles apportent la promesse d’un « sens » plus grand.
Ce mécanisme sous-jacent explique aussi deux autres questions qui y sont liées.
Dans ce sens plus profond, si vous vous demandez pourquoi tant de millions de personnes sont mortes lors de la 1ère Guerre Mondiale, si vous vous demandez pourquoi tant de millions supplémentaires sont morts dans d’autres conflits non nécessaires, et si vous vous demandez pourquoi tellement de gens sont en train de mourir ou d’être terriblement blessés en Irak – une nation qui ne représentait aucune menace pour nous, et dont nos leaders savaient qu’elle ne représentait pas de menace pour nous – voilà pourquoi. Ils sont toujours poussés à trouver un « sens, » ils ont toujours besoin d’une « aventure morale sérieuse, » ils cherchent de la « vitalité » et de la « grandeur nationale » -- et ils ne connaissent aucun moyen d’accomplir ces fins, si ce n’est par le sang, et par une destruction, une douleur et une souffrance immenses.
Et comme c’est toujours le cas, avec seulement quelques exceptions, ils feront en sorte que d’autres auront à supporter le prix terrible de leur propre quête futile – et à laquelle eux-mêmes survivront, pour qu’ils puissent un jour à nouveau mener une autre « croisade. »
Publié par Arthur Silber, le 7 février 2006
Récapitulation des essais d'Arthur Silber sur le sujet de l'Iran:
- Le cauchemar qui empire
- Une décision politique
- La folie de l'intervention
- La guerre mythique
- Le mythe national
Contrastant avec ce niveau ordinaire et décourageant se trouve le domaine du transcendant : les « grandes questions » de la vie, les grandes abstractions – la nation, la foi, l’idéologie, l’honneur, la prospérité, la famille, la sécurité, la vertu, la gloire – pour lesquelles des millions se sont battus et sont morts. C’est le monde du pouvoir, nourri par les dynamiques de la domination et de la servitude – une dialectique qui gouverne les relations de tous les domaines : politique, économique, religieux, artistique, personnel. Partout, les hiérarchies abondent, même parmi les groupes les plus ouvertement égalitaires, des monastères aux plateaux de film, des ashrams aux collectivités activistes. Partout nous trouvons, comme le chantait Leonard Cohen, « les débats meurtriers/Qui se déroulent dans toutes les cuisines/Pour savoir qui va servir et qui va manger.»Chris Floyd y parle de la philosophie décrite dans l'ouvrage très connu mais aussi très mal compris, Docteur Jivago, celle de l'épanouissement dans la vie de tous les jours, plutôt que dans le "monde supérieur" des "idéaux", qui est le même monde dont Arthur parle dans cet essai, lorsqu'il parle de la "grandeur nationale".
Ceci, on nous laisse comprendre, est le véritable monde, le monde important, bien au-delà du train-train bruyant, fastidieux qui remplit le vide entre les contemplations et les exaltations. La Révolution Russe est évidemment une des grandes manifestations de cette dynamique, où les abstractions « transcendantales », renversantes de l’idéologie et de la haute politique (impérialisme, capitalisme, révolution, Bolchevisme) ont élevé des nations entières et produit une souffrance et une déshumanisation sur une échelle presque inimaginable. La « Guerre contre la Terreur » de l’ère moderne est bien partie pour surpasser la Révolution à ce niveau, avec sa rhétorique et ses abstractions grandement exagérées, ses contemplations de violence et ses exaltations de terreur – des deux côtés – nourrissant un conflit qui a déjà englouti des nations et déstabilisé le monde entier. Le paradigme de la domination – imprimé minutieusement dans nos consciences, si présent dans nos interactions, grandes et petites, publiques et privées – est le moteur de cette vaste machination de mort et de ruine.
Pour ce qui concerne Allice Miller et l'indépendance du moi, cela a déjà été abordé de loin dans les derniers essais sur la torture du même Arthur Silber, ici, et là. Un petit extrait:
En exigeant l'obéissance par-dessus tout à un enfant ( que ce soit par la punition physique, les moyens psychologiques, ou avec une combination des deux), les parents interdisent à l'enfant d'adopter un sens authentique du moi. Parce que les enfants sont complètement dépendants de leurs parents, ils n'osent pas remettre en question la bonté de leurs parents, ou leurs "bonnes intentions." En conséquence, quand les enfants sont punis, même s'ils ne sont punis pour aucune raison, ou pour aucune raison qui ait un sens, ils se culpabilisent et croient que la faute leur revient à eux. Ainsi, l'idéalisation de la figure de l'autorité peut continuer. De plus, l'enfant ne peut pas se permettre d'expérimenter sa propre souffrance, parce que cela, aussi, pourrait l'amener à contester ses parents.Et je vous laisse avec toutes ces pages à lire, en vous rappelant pour la millième fois que je suis un enfant gâté, alors qu'au contraire, Arthur Silber est un vieil homme, qui vit seul et sans ressources, autres que les donations qu'il reçoit de ses lecteurs. C'est un grand homme, et comme le dit Chris Floyd à la fin de son dernier article, il nous appartient à tous de protéger cette rare flamme dans ces ténèbres générales.
De cette façon, on empêche l'enfant de développer un sens du moi réel et authentique. Alors qu'il grandit, la futilisation de son âme rend l'enfant insensible à la souffrance des autres. Au final, l'adulte en cours de maturation cherchera à exprimer sa colère réprimée sur des cibles externes, puisqu'il n'a jamais eu l'occasion de l'expérimenter et de l'exprimer dans des manières non destructrices. C'est ainsi que le cycle de la violence passe à la nouvelle génération (en utilisant le terme "violence" dans le sens le plus général). Une des conséquences supplémentaires est que l'adulte, qui n'a jamais développé un moi authentique, peut facilement transférer l'idéalisation de ses parents à une figure de l'autorité.
