Traduction de Jeannie Carlier
I
La
Constitution n'a nulle autorité ou obligation qui lui soit
inhérente. Elle n'a nulle autorité ou obligation quelle qu'elle
soit, si ce n'est comme contrat entre un homme et un autre. Or elle
ne prétend même pas être un contrat entre personnes actuellement
vivantes. Au plus, elle prétend être un contrat conclu entre des
personnes qui vivaient il y a quatre-vingts ans. Encore ne peut-on
lui supposer alors la qualité de contrat qu'entre des personnes qui
avaient déjà atteint l'âge du discernement, de manière à être
aptes à faire des contrats raisonnables et qui les obligent. En
outre, l'histoire nous l'apprend, seule une faible portion des
personnes qui vivaient alors ont été consultées sur le sujet, ou
interrogées, ou autorisées à exprimer leur accord ou leur
désaccord de façon quelque peu formelle. Les hommes, s'il y en eut,
qui donnèrent bien leur accord formel sont tous morts aujourd'hui.
Pour la plupart, ils sont morts depuis quarante, cinquante, soixante
ou soixante-dix ans. Et la Constitution, parce qu'elle était leur
contrat, est morte avec eux. Ils
n'avaient ni le pouvoir naturel ni le droit naturel de rendre cette
Constitution obligatoire pour leurs enfants. Non seulement il est
absolument impossible, selon la nature des choses, qu'ils lient
leur postérité, mais ils ne
tentèrent même pas de le faire. Autrement dit, ce document ne
prétend pas être un accord entre qui que ce soit sinon entre “les
hommes” alors
vivants; il ne revendique pas non plus pour ces hommes, ni
expressément ni implicitement, aucun droit, pouvoir ou désir de
lier qui que ce soit d'autre qu'eux-mêmes. Voici son langage:
“Nous,
gens des Etats-Unis [autrement dit, les gens vivant alors
aux Etats-Unis], en vue de former une union plus parfaite, de
renforcer la tranquillité à l'intérieur, de pourvoir à notre
commune défense, de promouvoir le bien-être général et d'assurer
à nous-mêmes et à notre postérité
les bienfaits de la liberté, ordonnons et établissons cette
Constitution pour les Etats-Unis d'Amérique.”
En
premier lieu, il est clair que par ces termes l'accord en
tant qu'accord ne prétend pas
être autre chose que ce que réellement il est, à savoir un contrat
entre des gens alors vivants; et qui nécessairement ne lie, en tant
que contrat, que les gens qui vivent alors. En second lieu, la
formulation n'exprime ni n'implique que ceux-ci aient eu la moindre
intention ou désir d'obliger leur “postérité” à vivre sous
cette loi, ni qu'ils se soient imaginés revêtus du moindre droit ou
pouvoir d'en user ainsi. La formule ne dit pas que leur “postérité”
vivra, voudra ou devra vivre sous cette loi. Elle dit seulement, en
fait, qu'en adoptant cette Constitution leurs espoirs et leurs motifs
étaient qu'elle s'avérerait sans doute utile non seulement à
eux-mêmes mais aussi à leur postérité, parce qu'elle promouvrait
son union, sa sécurité, sa tranquillité, sa liberté, etc.
Imaginons qu'un accord soit conclu en la forme que voici:
“Nous, gens de Boston, sommes d'accord pour entretenir un fort sur
l'île du Gouverneur, afin de nous protéger nous-mêmes et notre
postérité contre une invasion.”
Cet accord, en tant qu'accord, ne lierait manifestement que les gens
vivant alors. En second lieu, il n'affirmerait de leur part aucun
droit, pouvoir ou désir d'obliger leur “postérité” à
conserver un tel fort. Il indiquerait seulement que le bien-être
supposé de leur postérité est l'un des motifs qui ont conduit les
parties originelles à conclure cet accord.
Lorsqu'un homme dit qu'il bâtit une maison pour lui-même et sa
postérité, il ne désire pas faire croire par là qu'il a la
moindre intention d'obliger sa postérité à y vivre; et il ne faut
pas non plus en inférer qu'il est stupide au point d'imaginer qu'il
a le moindre droit ou pouvoir de l'y obliger. Pour ce qui la
concerne, il veut seulement faire entendre par là qu'en construisant
cette maison ses espoirs et ses motifs sont que ses descendants, ou
du moins certains d'entre eux, jugeront propice à leur bonheur de
l'habiter.
Et lorsqu'un homme dit qu'il plante un arbre pour lui-même et sa
postérité, il ne veut pas faire croire par là qu'il a la moindre
intention d'obliger sa postérité à en manger les fruits, et il ne
faut pas non plus en inférer qu'il est assez simple d'esprit pour
imaginer qu'il a le moindre droit ou pouvoir de l'y obliger. Pour ce
qui la concerne, il veut seulement dire qu'en plantant cet arbre ses
espoirs et ses motifs sont que les fruits seront peut-être agréables
à ses descendants.
Il
en va de même pour ceux qui, à l'origine, ont adopté la
Constitution. Quelles qu'aient pu être leurs intentions
personnelles, le sens juridique des termes qu'ils emploient, pour ce
qui regarde leur “postérité”, est simplement qu'en concluant
cet accord leurs espoirs et leurs motifs étaient qu'il puisse se
révéler utile et acceptable pour leur postérité; qu'il pourrait
promouvoir son union, sa sécurité, sa tranquillité et son
bien-être; et qu'il pourrait tendre à lui “assurer les bienfaits
de la liberté”. Ces termes n'affirment ni n'impliquent le moins du
monde aucun droit, pouvoir ou désir, de la part des parties qui
conclurent l'accord à l'origine, d'obliger leur “postérité” à
vivre sous cette loi. S'ils avaient voulu contraindre leur postérité
à vivre sous elle, ils auraient dit que leur objectif était non de
lui assurer “les bienfaits de la liberté” mais de la faire
esclave; car si leur “postérité” est contrainte de vivre sous
cette loi, ces descendants ne sont pas autre chose que les esclaves
de leurs grands-pères -- grands-pères stupides, tyranniques et
morts.
On ne saurait soutenir que la Constitution a établi “le peuple des
Etats-Unis”, pour tous les temps, en une société, une personne
morale. Elle ne parle pas du “peuple” comme d'une personne
morale, mais comme d'individus. Une personne morale ne parle pas
d'elle-même en utilisant les mots “nous”, ou “le peuple”, ou
“nous-mêmes”. De même, en langage juridique, une personne
morale n'a pas de “postérité”. Une personne morale suppose
qu'elle a en tant qu'individu unique une existence perpétuelle, et
parle d'elle-même comme ayant cette sorte d'existence.
En outre, aucun groupe d'hommes, vivant à quelque moment que ce
soit, n'a le pouvoir de créer une personne morale perpétuelle. Dans
la pratique, une personne morale ne devient perpétuelle que par
l'accession volontaire de nouveaux membres à la mort des anciens.
Sans cette accession volontaire de nouveaux membres, nécessairement
la personne morale meurt par la mort de ceux qui originellement la
composaient.
Par conséquent, sur le plan juridique, il n'y a, dans la
Constitution, rien qui affirme lier ou qui tente de lier la
“postérité” de ceux qui l'ont établie.
Dès lors que ceux qui ont établi la Constitution n'avaient pas le
pouvoir de lier leur postérité et n'ont pas cherché à le faire,
il faut se demander si leur postérité s'est liée elle-même. Si
elle l'a fait, elle n'a pu le faire que de l'une des deux manières
que voici, à savoir par le vote ou par l'impôt.
Considérons donc séparément ces deux éléments, le vote et le
paiement des impôts. Et d'abord le vote.
Comme le montrent les considérations suivantes, tous les scrutins
qui ont jamais eu lieu selon la Constitution ont été de telle
nature que non seulement ils n'obligeaient pas le peuple dans son
entier à soutenir la Constitution, mais ils n'obligeaient même pas
individus pris séparément.
1. Par la nature même des choses, l'acte de voter ne saurait lier
que les personnes même qui votent. Or, compte tenu des conditions de
propriété requises, il est probable que, durant les vingt ou trente
premières années où la Constitution a été en vigueur, le
dixième, le quinzième au plus, ou même peut-être le vingtième de
la population tout entière (Noirs et Blancs, hommes, femmes et
mineurs) fut autorité à voter. Par conséquent, pour ce qui
concerne le vote, le dixième, le quinzième ou le vingtième au plus
de ceux qui vivaient alors aurait pu se trouver en quelque manière
obligé de soutenir la Constitution.
Aujourd'hui, il est probable qu'un sixième au plus de la population
entière est autorité à voter. Par conséquent, pour ce qui
concerne le vote, les autres cinq sixièmes n'ont aucunement promis
de soutenir la Constitution.
2. Parmi le sixième qui est autorisé à voter, il n'y a sans doute
pas plus des deux tiers (soit environ le neuvième de la population
tout entière) qui votent régulièrement. Nombreux sont ceux qui ne
votent jamais. Nombreux sont ceux qui ne votent qu'une fois en deux,
trois, cinq ou dix ans, dans les périodes de grande passion.
Aucun
individu ne peut être dit engagé par son vote pour une période
plus longue que celle pour laquelle il vote. Supposons que j'élise
un homme à une charge qui doit durer un an; on ne saurait prétendre
que par là je me suis engagé à soutenir le gouvernement au-delà
de cette période. Par conséquent, en se fondant sur les votes
réellement exprimés, on ne saurait prétendre que, dans la
population tout entière, plus du neuvième ou du huitième environ
se trouve de façon quelconque dans l'obligation de soutenir la
Constitution.
3. On ne saurait prétendre que par son vote un homme s'engage à
soutenir la Constitution à moins que l'acte de voter n'ait été de
sa part parfaitement volontaire. Or, pour un très grand nombre de
personnes qui votent réellement, l'acte de voter ne peut être à
propre parler appelé volontaire. C'est une nécessité qui leur est
imposée par d'autres plutôt qu'un acte né de leur propre choix.
Sur ce point je répéterai ce que j'ai dit dans un précédent essai
[1], à savoir:
“En
vérité, dans le cas des individus, leur vote réellement exprimé
n'est pas à prendre comme une preuve de leur consentement, même
pour le moment où ils l'expriment.
Tout au contraire, il faut considérer que, sans qu'on lui ait même
demandé son consentement, l'individu se trouve de toutes parts
entouré par un gouvernement auquel il ne saurait résister; un
gouvernement qui, sous peine de châtiments graves, l'oblige à
donner son argent et ses services, et à renoncer à exercer quantité
de droits qui lui sont naturels. Il voit, en outre, que c'est grâce
au vote que d'autres hommes exercent sur lui cette tyrannie. Il voit
encore que, si seulement il est disposé à utiliser lui-même le
vote, il a une chance de se délivrer quelque peu de la tyrannie des
autres en les soumettant à la sienne propre. Bref, il se trouve,
sans l'avoir voulu, dans une situation telle que s'il utilise le
vote, il sera peut-être un maître; s'il ne l'utilise pas, il sera
nécessairement un esclave. Et il n'a pas d'autres solutions que ces
deux-là. En légitime défense il essaie la première. Son cas est
semblable à celui d'un homme qui a été obligé d'engager une
bataille dans laquelle il doit ou tuer ou être tué. De ce que, pour
sauver sa propre vie, cet homme cherche à ôter la vie à ses
adversaires, on ne saurait conclure que c'est là une bataille qu'il
a lui-même choisie. De la même façon, dans les batailles par le
bulletin de vote -- bulletin qui n'est qu'un simple substitut de la
balle de pistolet --, de ce qu'un homme utilise le vote, seul moyen
qu'il ait de se sauver, on ne saurait conclure que c'est là une
bataille dans laquelle il s'est volontairement engagé; qu'il a
volontairement mis en jeu tous ses droits naturels, comme une mise
balançant la mise des autres, mise qu'il va perdre ou gagner par la
simple force du nombre. Tout au contraire, il faut considérer que,
dans une contrainte qui lui a été imposée par autrui, et dans
laquelle il n'a pas d'autres moyens de se défendre, il utilise, par
nécessité, le seul moyen qui lui ait été laissé.
“Sans aucun doute les plus misérables des hommes, soumis au
gouvernement le plus tyrannique qu'il y ait au monde, si on leur
permet de voter, utiliseront ce moyen, s'ils y voient quelque chance
d'améliorer par là leur condition. Il ne serait par conséquent pas
légitime d'en conclure que le gouvernement même qui les écrase
était un gouvernement que ces hommes avaient volontairement établi,
ou auquel ils avaient seulement consenti.
“Par
conséquent le vote exprimé par un homme, sous la Constitution des
Etats-Unis, ne saurait être considéré comme une preuve qu'il a
jamais librement donné son assentiment à cette Constitution, fût-ce
pour le moment même où il exprime ce vote.
Par conséquent, même en ne considérant que ceux qui, aux
Etats-Unis, expriment leur vote, nous n'avons pas de preuve qu'aucune
portion quelque peu étendue de ces votants ait réellement et
volontairement donné son assentiment à la Constitution, fût-ce
pour le moment même. Il est
impossible que nous ayons jamais une telle preuve aussi longtemps que
tout homme ne sera pas laissé parfaitement libre de consentir ou
non, sans courir le risque de voir ses biens ou sa personne troublés
ou maltraités par d'autres.”
Comme il nous est impossible de distinguer légalement ceux qui
votent par libre choix de ceux qui votent à cause de la contrainte
qu'on leur impose, nous ne saurions légalement connaître, à propos
de n'importe quel individu en particulier, s'il a voté par libre
choix; ni, par conséquent, si par son vote il a consenti ou s'est
engagé à soutenir le gouvernement. Légalement parlant, donc,
l'acte de voter n'engage en aucune façon qui que ce soit à soutenir
le gouvernement. Il ne prouve en aucune façon que le gouvernement
repose sur le soutien volontaire de qui que ce soit. Selon les
principes généraux du Droit et de la raison, on ne saurait dire que
le gouvernement a quelque partisan volontaire que ce soit, tant que
n'a pas été déterminé clairement qui sont ses partisans
volontaires.
4.
Comme l'impôt est obligatoire pour tous, qu'ils votent ou non, une
large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour
éviter que leur propre argent ne soit utilisé contre eux; alors
que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par là
ils avaient pu échapper ne serait-ce qu'à l'impôt, sans parler de
toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre
le bien d'un homme sans son accord, puis conclure à son consentement
parce qu'il tente, en votant, d'empêcher que son bien ne soit
utilisé pour lui faire tort, voilà une preuve bien insuffisante de
son consentement à soutenir la Constitution. Ce n'est en réalité
aucunement une preuve. Et comme nous n'avons pas de moyens légaux de
déterminer qui sont les individus particuliers -- s'il s'en trouve
-- qui sont disposés à payer des impôts en échange de leur vote,
nous ne saurions avoir aucune certitude légale qu'un seul individu
déterminé consent à payer des impôts en échange de son vote; ou,
par conséquent, à soutenir la Constitution.
5.
Lors de presque toutes les élections, les suffrages pour la même
charge sont dispersés sur divers candidats. De ceux qui votent pour
le candidat non élu on ne saurait dire à proprement parler qu'ils
ont voté pour soutenir la Constitution. On pourrait, avec de
meilleures raisons, supposer qu'ils ont voté, non pour soutenir la
Constitution, mais avec l'intention spécifique d'éviter la tyrannie
que le candidat élu s'apprête, pensent-ils, à pratiquer à leurs
dépens sous le couvert de la Constitution; et par conséquent on
peut raisonnablement supposer qu'ils ont voté contre la
Constitution. Cette supposition est d'autant plus raisonnable qu'un
tel vote est le seul moyen qui leur est laissé pour exprimer leur
désaccord avec la Constitution.
6.
Quantité de votes vont ordinairement à des candidats qui n'ont
aucune chance de l'emporter. On peut raisonnablement supposer que
ceux qui ont voté de la sorte l'ont fait avec l'intention
spécifique, non de soutenir la Constitution, mais d'empêcher son
application; et, par conséquent, qu'ils ont voté contre
la Constitution.
7. Comme tous les votes sont exprimés secrètement (par scrutin
secret), il n'existe aucun moyen légal de connaître, grâce aux
votes, qui vote pour et qui vote contre la Constitution. Par
conséquent, le vote n'apporte aucune preuve légale que tel individu
particulier soutient la Constitution. Puisqu'il n'y a aucune preuve
légale qu'aucun individu particulier soutienne la Constitution, on
ne saurait légalement affirmer qu'elle est soutenue par qui que ce
soit. Il est manifestement impossible de fournir aucune preuve légale
des intentions de vastes quantité d'hommes là où il n'existe
aucune preuve légale des intentions d'un quelconque individu
particulier parmi eux.
8.
Puisqu'il n'existe aucune preuve légale des intentions exprimées
par le vote de qui que ce soit, nous ne pouvons que les conjecturer.
Par conjecture, il est probable qu'une proportion très large des
votants a voté selon le principe suivant: pourvu que par leur vote
ils puissent être assurés d'avoir le gouvernement entre leurs mains
(ou celles de leurs amis), et ainsi d'utiliser son pouvoir contre
leurs adversaires, ils soutiendront volontairement la Constitution;
mais si leurs adversaires doivent avoir le pouvoir, et l'utiliser
contre eux, ils ne seront pas disposés
à la soutenir volontairement.
Bref, il est incontestable que, dans la plupart des cas, le soutien
volontaire accordé à la Constitution dépend absolument de ceci:
par le moyen de la Constitution, se fera-t-on maître ou sera-t-on
fait esclave?
En droit et raison, un consentement aussi dépendant n'en est pas un.
9.
Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant
(pour autant qu'il existe de tels hommes) le font secrètement (par
scrutin secret), et de manière à éviter toute responsabilité
personnelle pour l'action de leurs agents ou représentants, on ne
saurait dire en droit ou en raison qu'il existe un seul homme qui
soutienne la Constitution en votant. D'aucun homme on ne saurait en
raison ou en droit affirmer qu'il approuve ou soutient effectivement
la Constitution, à moins qu'il ne le fasse ouvertement, et
d'une manière qui le rende personnellement responsable des actes de
ses agents aussi longtemps que ceux-ci agissent dans les limites du
pouvoir qu'il leur a délégué.
10. Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque
tout gouvernement secret est par nécessité une association secrète
de voleurs, tyrans et assassins, le fait général que notre
gouvernement, dans la pratique, opère par le moyen d'un tel vote
prouve seulement qu'il y a parmi nous une association secrète de
voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et
-- s'il le faut pour accomplir leurs desseins -- assassiner le reste
de la population. Le simple fait qu'une telle association existe ne
prouve en rien que “le peuple des Etats-Unis”, ni aucun individu
parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution.
Pour toutes les raisons qu'on vient de dire, le vote ne fournit
aucune preuve légale sur l'identité des individus particuliers (à
supposer qu'il en existe) qui soutiennent volontairement la
Constitution. Par conséquent, il ne fournit aucune preuve légale
que qui que ce soit la soutienne volontairement.
Donc, jusqu'à présent, pour ce qui concerne le vote, la
Constitution n'a sur le plan légal aucun partisan quel qu'il soit.
En réalité, il n'y a pas la moindre probabilité que la
Constitution ait un seul partisan authentique dans tout le pays.
Autrement dit, il n'y a pas la moindre probabilité qu'il y ait dans
tout le pays un seul homme qui à la fois comprenne ce qu'est
réellement la Constitution et la soutient sincèrement pour ce
qu'elle est réellement.
Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans
visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans
trois catégories, à savoir: 1. Les scélérats, classe nombreuse et
active; le gouvernement est pour eux un instrument qu'ils utiliseront
pour s'agrandir ou s'enrichir; 2. Les dupes -- vaste catégorie, sans
nul doute, dont chaque membre, parce qu'on lui attribue une voix sur
des millions pour décider ce qu'il peut faire de sa personne et de
ses biens, et parce qu'on l'autorité à avoir, pour voler, asservir
et assassiner autrui, cette même voix que d'autres ont pour le
voler, l'asservir et l'assassiner, est assez sot pour imaginer qu'il
est “un homme libre”, un “souverain”; assez sot pour imaginer
que ce gouvernement est “un gouvernement libre”, “un
gouvernement de l'égalité des droits”, “le meilleur
gouvernement qu'il y ait sur terre” [2], et autres absurdités de
ce genre; 3. Une catégorie qui a quelque intelligence des vices du
gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s'en débarrasser, ou
bien ne choisit pas de sacrifier ses intérêts privés au point de
se dévouer sérieusement et gravement à la tâche de promouvoir un
changement.
Puisqu'il est obligatoire, le paiement des impôts ne fournit de
toute évidence aucune preuve que quiconque soutienne volontairement
la Constitution.
1. Certes, selon la théorie qui apparaît dans notre
Constitution, tous les impôts sont payés volontairement; notre
gouvernement est une compagnie d'assurance mutuelle, à laquelle
chacun adhère volontairement par un accord avec les autres; chacun
conclut un contrat libre et absolument volontaire avec toutes les
autres personnes qui sont parties prenantes dans la Constitution,
contrat visant à payer tant pour obtenir telle protection, de la
même façon qu'il en use avec toute autre compagnie d'assurance; et
il est tout aussi libre de ne pas être protégé et de ne pas payer
l'impôt, qu'il l'est de payer l'impôt, et d'obtenir protection.
Or, cette théorie relative à notre gouvernement est entièrement
différente de la pratique réelle. Le fait est que le gouvernement,
comme un bandit de grand chemin, dit à un individu: “La bourse ou
la vie.” Quantité de taxes, ou même la plupart, sont payées sous
la contrainte d'une telle menace.
Le gouvernement, il est vrai, n'arrête pas l'homme dans un endroit
solitaire, ne lui saute pas dessus depuis le bord du chemin, et
n'entreprend pas, sous la menace d'un pistolet, de lui vider les
poches. Mais le vol n'en est pas moins du vol, et un vol bien plus
lâche et honteux.
Le bandit de grand chemin assume lui-même la responsabilité, le
danger et le crime que comporte son acte. Il ne prétend pas avoir le
moindre droit à votre argent, il ne soutient pas qu'il l'utilisera
dans votre intérêt. Il ne prétend pas être quoi que ce soit
d'autre qu'un voleur. Il n'a pas acquis assez d'impudence pour
professer qu'il n'est qu'un “protecteur”, et qu'il prend aux gens
leur argent contre leur gré dans l'unique but de “protéger” ces
voyageurs extravagants qui se croient parfaitement capables de se
protéger eux-mêmes, ou qui n'apprécient pas son système
particulier de protection. Il est bien trop raisonnable pour
professer de telles prétentions. En outre, après avoir pris votre
argent, il vous laisse là, comme vous le souhaitez. Il ne persiste
pas à vous suivre le long de la route contre votre volonté,
supposant qu'il est votre “souverain” légitime en raison de la
“protection” qu'il vous accorde. Il ne ocntinue pas de vous
“protéger” en vous ordonnant de vous incliner devant lui et de
lui obéir; en vous enjoignant de faire ceci, et vous interdisant de
faire cela; en vous dérobant encore plus d'argent toutes les fois
q'il juge avoir intérêt ou plaisir à le faire; et en vous marquant
d'infamie par le nom de rebelle, traître et ennemi de la patrie, en
vous fusillant sans merci, si vous contestez son autorité ou
résistez à ses exigences. Il est -- ce brigant de grand chemin --
trop gentilhomme pour perpétrer des impostures, insultes et vilenies
telles que celles-là. Bref, lorsqu'il vous vole, il n'entreprend pas
en outre de faire de vous son dupe et son esclave.
Les procédés de ces voleurs et assassins qui se font appeler “le
gouvernement” sont exactement à l'opposé de ceux qu'utilise le
bandit isolé.
En premier lieu, à la différence des bandits, ces gens du
gouvernement ne se font pas individuellement connaître; et par
conséquent, ils n'assument pas personnellement la responsabilité de
leurs actes. Tout au contraire, secrètement (par scrutin secret) ils
désignent tel d'entre eux pour commettre le vol en leur nom, tandis
qu'eux-mêmes restent presque entièrement cachés. Voici ce qu'il
disent à la personne ainsi désignée:
“Allez trouver A... B..., et dites-lui que “le gouvernement” a
besoin d'argent pour les dépenses qu'entraîne la protection de sa
personne et de ses biens. S'il a l'audace de dire qu'il n'a jamais
passé contract avec nous pour que nous le protégions, qu'il ne veut
pas de notre protection, dites-lui que c'est là notre affaire et non
la sienne; que nous avons choisi de le protéger, qu'il en ait
envie ou non; et qu'en outre nous exigeons d'être payés pour le
protéger. S'il ose demander quels sont les gens qui ont entrepris de
se faire appeler “le gouvernement” et entendent le protéger, et
en demander paiement, sans que jamais il ait passé contrat avec eux,
dites-lui qu'une fois encore c'est notre affaire et non la sienne;
que nous n'avons pas choisi de nous faire connaître
individuellement de lui; que secrètement (par scrutin secret)
nous vous avons nommé comme notre agent pour lui notifier nos
exigences, et, s'il s'y soumet, lui remettre un reçu qui le
protégera de toute demande semblable pour l'année courante. S'il
refuse de se soumettre, saisissez une part suffisante de ses biens
pour pouvoir en tirer non seulement la somme que nous exigeons, mais
encore de quoi payer vos propres dépenses et votre peine. S'il
s'oppose à la saisie de ses biens, appelez à la rescousse les
spectateurs (sans nul doute quelques-uns se trouveront être membres
de notre association). Si, défendant ses biens, il venait à tuer un
membre quelconque de notre associaiton qui vous prête main-forte,
emparez-vous de lui à tout prix; accusez-le de meurtre (devant l'un
de nos tribunaux); condamnez-le et pendez-le. S'il faisait appel à
ses voisins, ou à d'autres qui, comme lui, pourraient être enclins
à résister à nos exigences, et qu'ils viennent en grand nombre à
son aide, criez qu'ils sont tous des rebelles et des traîtres; que
“notre pays” est en danger; appelez le chef de nos assassins à
gages; dites-lui de réprimer la rébellion et de “sauver le pays”,
quelque prix qu'il en coûte. Dites-lui de tuer tous ceux qui
résistent, fussent-ils des dizaines de milliers; et par là frappez
de terreur tous ceux qui sont semblablement disposés. Veillez à ce
que la tâche meurtrière soit entièrement accomplie; en sorte que
nous n'ayons plus d'autres troubles de ce genre par la suite. Lorsque
ces traîtres auront compris notre force et notre détermination, ils
seront de bons et loyaux citoyens pendant des années, et paieront
leurs impôts sans demander le pourquoi du comment.”
C'est par une semblable contrainte que sont payés les impôts, comme
ils les appellent. Quelle preuve fournit le paiement des impôts de
ce que le peuple accepte de soutenir “le gouvernement”, c'est ce
qu'il n'est point besoin de discuter davantage.
2. Il est une autre raison pour laquelle le paiement de l'impôt ne
suppose aucun consentement, ou aucun engagement à soutenir le
gouvernement: c'est que le contribuable ne sait pas et n'a aucun
moyen de savoir qui sont les individus particuliers qui composent “le
gouvernement.” Pour lui “le gouvernement” est un mythe, une
abstraction, un incorporel, avec lequel il ne saurait passer contrat,
auquel il ne saurait accorder son consentement, envers lequel il ne
saurait s'engager. Il ne le connaît qu'au travers de ses prétendus
agents. “Le gouvernement” lui-même, il ne le voit jamais.
Certes, il sait bien, par la voix commune, que certaines personnes,
ayant atteint un certain âge, sont autorisées à voter; et donc à
prendre part au gouvernement, ou s'y opposer (si c'est leur choix)
pour le moment présent. Mais lesquels votent réellement, et comment
chacun vote (si c'est pour ou contre le gouvernement), il n'en sait
rien, puisque le vote est entièrement secret (par scrutin secret).
Il n'a donc aucun moyen de savoir qui, dans la pratique, compose “le
gouvernement” au moment présent. Bien entendu, il ne saurait donc
passer contract avec ces gens, leur donner son accord, s'engager
envers eux. De toute nécessité, par conséquent, le fait qu'il leur
paie l'impôt n'implique de sa part aucun contrat, aucun
consentement, aucun engagement à les soutenir -- autrement dit, à
soutenir “le gouvernement” ou la Constitution.
3. Ne sachant pas quels sont les individus particuliers qui se
nomment “le gouvernement”, le contribuable ne sait pas à qui il
paie ses impôts. Tout ce qu'il sait, c'est qu'un homme vient le
trouver, se disant l'agent du “gouvernement” -- autrement dit,
l'agent d'une association secrète de voleurs et d'assassins qui se
font appeler “le gouvernement”, et ont décidé de tuer quiconque
refuse de leur donner tout l'argent qu'ils exigent. Pour sauver sa
vie, le contribuable livre cette somme à cet agent. Mais comme
l'agent ne fait pas connaître individuellement ses mandants au
contribuable, celui-ci, après avoir livré son argent, n'en sait pas
plus qu'auparavant sur ce qu'est “le gouvernement” -- autrement
dit, sur l'identité des gens qui le volent. Par conséquent, dire
qu'en livrant son argent à leur mandataire il a conclu avec eux un
contrat volontaire, qu'il s'est engagé à leur obéir, à les
soutenir, et à leur donner dans l'avenir tout l'argent qu'ils
pourraient réclamer, c'est simplement ridicule.
4. Tout pouvoir politique, comme on l'appelle, se fonde en pratique
sur cette question d'argent. N'importe quel groupe de scélérats,
pourvu qu'ils aient assez d'argent pour l'entreprendre, peuvent
décider qu'ils sont un “gouvernement”; car, pourvu qu'ils aient
de l'argent, ils peuvent engager des soldats, et utiliser ces soldats
pour extorquer davantage d'argent, et ainsi contraindre tout le monde
à obéir à leurs volontés. César a dit à propos de la guerre que
l'argent et les soldats se soutiennent mutuellement, que l'argent lui
permettait d'engager des soldats et les soldats d'extorquer de
l'argent: il en va de même pour le gouvernement. Ainsi ces scélérats
qui se font appeler le gouvernement savent fort bien que leur pouvoir
se fonde essentiellement sur l'argent. L'argent leur permet d'engager
des soldats; les soldats leur permettent d'extorquer de l'argent.
Lorsque leur autorité est contestée, le premier usage qu'ils font
toujours de l'argent, c'est d'engager des soldats pour tuer ou
soumettre tous ceux qui leur refusent davantage d'argent.
Pour cette raison, quiconque veut être libre devrait comprendre ces
faits d'une importance capitale, à savoir: 1. Que tout homme qui met
de l'argent entre les mains d'un (soi-disant) “gouvernement” lui
met en main une épée qui sera utilisée contre lui-même, pour lui
extorquer encore plus d'argent, et pour le maintenir assujetti aux
volontés arbitraires de ce gouvernement. 2. Que ceux qui prendront
son argent, dès l'abord sans son consentement, l'utiliseront pour le
voler et l'asservir davantage, si dans l'avenir il a l'audace de
résister à leurs exigences. 3. Qu'il est parfaitement absurde de
supposer que n'importe quel groupe d'hommes prendra jamais l'argent
d'un individu sans son consentement pour les raisons qu'ils avancent,
à savoir pour le protéger; car pourquoi voudraient-ils le protéger,
s'il ne souhaite pas qu'ils le fassent? Supposer qu'ils le
protégeront est exactement aussi absurde que d'imaginer qu'ils lui
prendront son argent sans son consentement afin de lui acheter de la
nourriture ou des vêtements, alors qu'il ne le souhaite pas. 4. Que
si un homme souhaite une “protection”, il est à même de
conclure ses propres arrangements à cet effet; et personne n'a
aucune raison de le voler afin de le “protéger” contre sa
volonté. 5. Que l'unique garantie certaine que puissent avoir les
hommes de leur liberté politique consiste pour eux à garder leur
argent dans leur poche jusqu'au jour où ils auront l'assurance,
parfaitement satisfaisante à leurs yeux, que cet argent sera utilisé
comme ils le souhaitent, pour leur avantage, non à leur détriment.
6. Qu'à aucun gouvernement on ne peut raisonnablement accorder
confiance un seul instant, qu'à aucun gouvernement on ne peut
attribuer des objectifs honnêtes, dès lors qu'il cesse de dépendre
d'un souhait totalement volontaire.
Ces faits sont si importants et si visibles qu'on ne saurait
raisonnablement supposer que quiconque donnerait volontairement de
l'argent à un “gouvernement” dans le bus d'assurer sa propre
protection, à moins qu'il n'ait conclu avec ce gouvernement un
contrat explicite et purement volontaire à cet effet.
Il est donc parfaitement évident que ni le vote ni le paiement des
impôts tels qu'ils se pratiquent réellement ne prouvent le
consentement ou l'obligation de qui que ce soit à soutenir la
Constitution. Par conséquent nous n'avons absolument aucune preuve
que la Constitution ait le pouvoir de lier quiconque, ou que
quiconque soit soumis à quelque contrat ou obligation que ce soit
visant à la soutenir. En conclusion, personne n'est obligé de
soutenir la Constitution.
Non seulement la Constitution ne lie personne aujourd'hui, mais elle
n'a jamais lié personne. Elle n'a jamais personne parce que personne
ne lui a jamais accordé son consentement dans des conditions propres
à la rendre obligatoire selon les principes généraux du Droit et
de la raison.
Selon un principe général du Droit et de la raison, un document
écrit ne lie personne tant qu'il n'est pas signé. Ce
principe est si inflexible que, si un homme ne sait pas écrire son
nom, il faut néanmoins, pour qu'il se trouve lié par un contrat
écrit, qu'il y “mette sa marque.” Cette coutume s'est établie
il y a des siècles, alors que peu d'hommes savaient écrire leur
nom; en un temps où un clerc, c'est-à-dire un homme sachant écrire,
était une personne si rare et précieuse que, même lorsqu'il avait
commis de grands crimes, il avait droit au pardon, pour le motif que
le public ne pouvait se passer de ses services. Même à cette
époque, un contrat écrit devait nécessairement être signé, et
les gens qui ne savaient pas écrire “mettaient leur marque”, ou
encore signaient leurs contrats en apposant leur sceau sur les cires
fixées au parchemin sur lequel étaient écrits leurs contrats. D'où
la coutume d'apposer un sceau, qui s'est perpétuée jusqu'à nos
jours.
Le Droit affirme et la raison déclare que si un document écrit
n'est pas signé, il faut présumer que celui qui devait se lier par
ce document n'a pas voulu le signer, ou se lier par lui. Le Droit et
la raison ensemble le laissent libre jusqu'au dernier moment, celui
où il décidera s'il va signer ou non. Ni le Droit ni la raison ne
requièrent ni ne supposent qu'un homme donne son accord à un
document avant que ce document ne soit écrit; car avant le
moment où il est écrit, cet homme ne saurait en connaître
précisément la teneur en droit. Après que le document est écrit,
et que l'homme a eu l'occasion de s'informer de son exacte teneur en
droit, alors, et alors seulement, on s'attend à ce qu'il donne son
accord ou le refuse. Si alors il ne signe pas le document, on
suppose que c'est parce qu'il ne désire pas conclure un tel contrat.
Le fait que le document a été écrit pour qu'il le signe, ou avec
l'espoir qu'il le signera, n'a aucune valeur.
Jusqu'où iraient la fraude et les procès, s'il était possible à
une des parties d'apporter devant le tribunal un document écrit,
aucunement signé, et de prétendre le faire appliquer, pour la
raison qu'il a été écrit en vue d'être signé par un autre homme?
parce que cet autre homme a promis de le signer? parce qu'il aurait
dû le signer? parce qu'il a eu l'occasion de la signer, l'eût-il
voulu? mais qu'il a refusé ou négligé de le faire? Or c'est le
plus qui se puisse jamais dire de notre Constitution. [3] Les juges
eux-mêmes, qui affirment dériver toute leur autorité de la
Constitution -- d'un document que personne n'a jamais signé --
mépriseraient tout autre document non signé qu'on leur apporterait
pour en juger.
En outre, avant qu'un document écrit puisse lier la partie qui l'a
établi, il est nécessaire, en droit et en raison, que ce document
soit non seulement signé mais aussi remis à la partie à l'avantage
de laquelle il a été établi (ou à l'un de ses représentants). La
signature est sans effet si le document n'est pas remis. Et l'une des
parties est parfaitement libre de refuser de remettre un document
écrit après l'avoir signé. Elle est aussi libre de refuser de le
remettre qu'elle l'est de refuser de le signer. Non seulement la
Constitution n'a jamais été signée par quiconque, mais elle n'a
jamais été remise par quiconque à l'agent ou au mandataire de qui
que ce soit. Par conséquent elle ne saurait avoir plus de valeur en
tant que contrat que tout autre document qui n'eût jamais été ni
signé ni remis.
Les faits suivants sont des preuves pertinentes de ce que, dans
l'usage général de l'humanité, il y a chez tous les hommes une
nécessité pratique que tous les contrats importants,
spécialement ceux dont la nature est permanente, soient à la fois
écrits et signés.
Depuis près de deux siècles -- depuis 1677 -- il existe dans le
Code des lois de l'Angleterre une loi -- et la même loi, pour la
substance sinon exactement pour la lettre, a été répétée, et est
maintenant en vigueur dans presque tous les Etats de notre Union
sinon tous -- dont la teneur générale consiste à affirmer qu'on
n'entreprendra aucun action visant à faire appliquer un contrat de
la catégorie la plus importante s'il n'est pas mis par écrit, et
signé par les parties qui seront liées par ce contrat. [4]
Le principe exprimé par cette loi, notons-le, n'est pas seulement
que tous les contrats doivent être signés, mais aussi que tous les
contrats, excepté ceux qui sont spécifiquement exemptés --
généralement ceux qui concernent de petites sommes et ne seront
applicables que peu de temps -- seront à la fois écrits et
signés.
Sur ce point les raisons qui ont amené à établir cette règle sont
qu'il est désormais si facile de mettre un contrat par écrit et de
le signer, et que ne pas le faire ouvre la porte à tant
d'incertitudes, fraudes et procès, qu'on ne saurait autoriser les
hommes qui négligent de faire mettre par écrit et signer leurs
contrats (ceux qui sont de grande importance) à utiliser les
tribunaux pour les faire appliquer. Cette règle est sage; et
l'expérience confirme qu'elle est sage et nécessaire, puisqu'elle
est en vigueur en Angleterre depuis près de deux cents ans, que son
adoption dans notre pays est très près d'être universelle, et que
nul ne songe à l'abolir.
De plus, nous le savons tous, la plupart des hommes ont grand soin de
faire écrire et signer leurs contrats même lorsque cette loi ne les
y oblige pas. Ainsi, la plupart des hommes, si on leur doit de
l'argent, fût-ce une somme de cinq ou dix dollars, prennent soin de
le mettre par écrit. S'ils achètent de la marchandise, même pour
un faible montant, et la paient à la réception, ils se font faire
une facture acquittée. S'ils versent une faible somme pour
équilibrer des comptes, ou régler toute autre dette minime
auparavant contractée, ils s'en font faire un reçu écrit.
En outre, partout (probablement) dans notre pays, de même qu'en
Angleterre, la loi exige que toute une catégorie de contrats, tels
que testaments, actes notariés, etc., soient non seulement écrits
et signés, mais en outre scellés, conclus devant témoins et
authentifiés. Lorsqu'une femme mariée cède ses droits à un bien
foncier, dans plusieurs Etats la loi exige que la femme comparaisse
séparément, sans son mari, et déclare qu'elle signe son contrat en
toute liberté, exempte de toute crainte ou de toute contrainte
exercée par son époux.
Telles sont quelques-unes des précautions qu'exigent les lois, et
que prennent les individus -- pour des raisons de prudence ordinaire,
même dans les cas non requis par la loi --, afin de mettre leurs
contrats par écrit, de les faire signer et de se prémunir contre
toutes les incertitudes et controverses concernant leur sens et leur
validité. Or, nous avons un document -- la Constitution -- qui veut
et prétend être un contrat, ou dont on prétend qu'il est un
contrat; un document rédigé il y a quatre-vingts ans, par des
hommes qui sont tous morts aujourd'hui; et n'ont jamais eu aucun
pouvoir de nous lier nous; un document qui (prétend-on) a
néanmoins lié trois générations, soit des millions d'hommes, et
qui (prétend-on) va lier tous les millions d'hommes à venir; mais
que personne n'a jamais signé, scellé, remis, authentifié par un
témoignage ou autrement; un document que des gens qui ne sont qu'une
poignée, comparés au nombre total de personnes qu'on veut qu'il
lie, ont jamais lu, ou même vu, ou verront ou liront jamais. Et
parmi ceux qui ne l'ont jamais lu, ou ne le liront jamais, à peine
deux personnes, et peut-être même pas deux personnes, ont jamais
été d'accord ou ne seront jamais d'accord sur ce qu'il signifie.
En outre, ce supposé contrat -- qui ne serait jamais accepté par
aucune court de justice siégeant par l'autorité de ce même
contrat, si on l'avançait pour attester une somme de cinq dollars
due par un homme à un autre --, ce contrat, dis-je, tel qu'il est
généralement interprété par ceux qui prétendent l'appliquer,
est celui par quoi tous les hommes, femmes et enfants à travers tout
ce pays et dans tous les temps abandonnent non seulement tous leurs
biens, mais aussi leur liberté, et même leur vie, entre les mains
d'hommes qui par ce supposé contrat sont expressément exemptés de
toute responsabilité pour l'usage qu'ils font des personnes et des
biens à eux livrés. Et nous sommes assez fous, ou assez mauvais,
pour détruire des biens et des vies sans limites, lorsque nous
combattons pour obliger des hommes à remplir un supposé contrat
qui, puisqu'il n'a jamais été signé par quiconque, n'est, selon
les principes généraux du Droit et de la raison -- ces principes
qui nous gouvernent tous lorsqu'il s'agit d'autres contrats -- qu'un
morceau de papier sans valeur, incapable de lier personne, bon
seulement à jeter au feu; ou, si on voulait le garder, à conserver
seulement pour témoigner et avertir de la folie et de la méchanceté
du genre humain.
Il n'est pas exagéré, mais c'est au contraire vérité littérale,
de dire que par la Constitution -- non comme je l'interprète,
mais comme le font ceux qui prétendent l'appliquer -- les biens,
la liberté et la vie du peuple des Etats-Unis tout entier sont
livrés sans réserves entre les mains d'hommes qui, la Constitution
le prévoit, n'auront jamais à “rendre compte” de l'usage qu'ils
en font.
Ainsi la Constitution (art. I, sec. 6) prévoit que “pour les
discours ou débats (ou votes) qui auront lieu dans l'une ou l'autre
chambre, ils (les sénateurs et les représentants) n'auront à
rendre compte en aucun autre endroit”.
Le pouvoir législatif tout entier est donné à ces sénateurs et
représentants (lorsqu'ils agissent par un vote des deux tiers [5]);
et cette clause les protège de toute responsabilité pour les lois
qu'ils rédigent.
La Constitution leur donne les moyens d'assurer l'application de
toutes leurs lois, en les autorisant à priver de salaire, à
révoquer et à renvoyer tous les officiers de la justice et de
l'administration qui refuseraient de les appliquer.
Ainsi donc le pouvoir gouvernemental tout entier est entre leurs
mains, et on leur a ôté absolument toute responsabilité pour
l'usage qu'ils en font. Qu'est-ce donc que cela, si ce n'est un
pouvoir absolu, irresponsable?
On ne saurait objecter à cet argument que ces hommes se sont engagés
par serment à user de leur pouvoir dans certaines limites; car
pourquoi se soucient-ils ou devraient-ils se soucier de serments ou
de limites lorsqu'il est expressément prévu par la Constitution
elle-même qu'ils n'auront jamais à “rendre compte” ou à être
tenus pour responsables en quelque façon que ce soit, s'ils violent
leur serment, ou transgressent ces limites?
On ne saurait non plus objecter à cet argument qu'on peut changer
tous les deux ou six ans les individus particuliers qui détiennent
ce pouvoir; car le pouvoir de chaque ensemble d'hommes est absolu
pour le temps qu'ils le détiennent; et lorsqu'ils doivent s'en
dessaisir leur succèdent des hommes dont le pouvoir sera tout aussi
absolu et irresponsable.
On ne saurait non plus objecter que les hommes qui détiennent ce
pouvoir absolu et irresponsable sont nécessairement des hommes
choisis par le peuple (ou une partie du peuple) pour le détenir. Un
homme autorisé à se choisir un nouveau maître après un intervalle
de quelques années n'en est pas moins esclave. De même, des gens
auxquels il est permis de se choisir périodiquement de nouveaux
maîtres n'en sont pas moins esclaves. Ce qui en fait des esclaves,
c'est qu'ils sont et seront désormais pour toujours entre les mains
d'hommes qui détiennent sur eux un pouvoir qui est et sera toujours
absolu et irresponsable. [6]
Le droit de domination absolue et irresponsable est le droit de
propriété, et le droit de propriété est le droit de domination
absolue et irresponsable. Les deux sont identiques; l'un implique
nécessairement l'autre. Aucun des deux ne peut exister sans l'autre.
Si donc le Congrès possède le pouvoir absolu et irresponsable de
faire les lois, droit que la Constitution lui accorde -- selon
l'interprétation qu'ils en donnent -- cela signifie nécessairement
que le Congrès nous possède comme on possède une chose. S'il nous
possède comme on possède une chose, il est notre maître, et sa
volonté est notre loi. S'il ne nous possède pas comme on possède
une chose, il n'est pas notre maître, et sa volonté, en tant que
telle, n'a pas d'autorité sur nous.
Or ces hommes qui revendiquent et exercent sur nous cette domination
absolue et irresponsable n'osent pas se montrer cohérents, et
revendiquer aussi qu'ils sont nos maîtres, ou qu'ils nous possèdent
comme on possède une chose. Ils déclarent qu'ils ne sont que nos
serviteurs, agents, mandataires et représentants. Cette déclaration
comporte une absurdité, une contradiction. Nul ne peut être mon
serviteur, agent, mandataire ou représentant et être en même temps
soustrait à mon contrôle et non responsable de ses actes devant
moi. Peu importe que je l'aie nommé, et investi de tout pouvoir. Si
je l'ai soustrait à mon contrôle et lui ai ôté toute
responsabilité devant moi, il n'est plus mon serviteur, agent,
mandataire ou représentant. Si je lui ai donné un pouvoir absolu et
sans responsabilité sur ma propriété, je lui ai donné ma
propriété. Si je lui ai donné un pouvoir absolu et sans
responsabilité sur moi-même, j'en ai fait mon maître, et je me
suis livré à lui comme esclave. Et il importe peu que je l'appelle
maître ou serviteur, agent ou propriétaire. La seule question est
celle-ci: quel pouvoir ai-je mis entre ses mains? Etait-ce un pouvoir
absolu et sans responsabilité, ou limité et responsable?
Il y a une autre raison encore qui fait qu'ils ne sont pas nos
serviteurs, agents, mandataires, ou représentants. Cette raison est
que nous ne nous attribuons pas non plus la responsabilité de leurs
actes. Si un homme est mon serviteur, agent ou mandataire,
nécessairement je prends la responsabilité de tous les actes qu'il
accomplit dans la limite du pouvoir dont je l'ai revêtu. Si, en tant
que mon agent, je l'ai revêtu d'un pouvoir absolu, ou d'un pouvoir
qu'il qu'il soit sur les personnes ou les biens d'autres que
moi-même, par nécessité j'ai par là même pris la responsabilité
devant ces autres personnes de tout le mal qu'il pourrait leur faire,
pourvu qu'il agisse dans les limites du pouvoir dont je l'ai revêtu.
Or aucun individu qui se trouverait lésé dans sa personne ou ses
biens par des actes du Congrès ne peut se tourner vers l'électeur
individuel, et le tenir pour responsable de ces actes accomplis par
les soi-disant agents ou représentants de cet électeur. Ce qui
prouve que ces prétendus agents du peuple, ou de toute le monde, ne
sont en fait les agents de personne.
Si donc personne n'est individuellement responsable des actes du
Congrès, les membres du Congrès ne sont les agents de personne.
S'ils ne sont les agents de personne, ils sont eux-mêmes
individuellement responsables de leurs propres actes, et des actes de
tous ceux qu'ils emploient. L'autorité qu'ils exercent n'est que
leur propre autorité individuelle; et par la loi de la nature -- qui
est la plus haute de toutes les lois -- tout personne lésée par
leurs actes, ou privée par eux de son bien ou de sa liberté, a le
même droit de les en tenir pour individuellement responsables qu
epour n'importe quelle autre personne outrepassant son droit. Elle a
le même droit à leur résister, à eux et à leurs agents, qu'elle
a à résister à n'importe quelle autre personne outrepassant son
droit.
Il est donc clair, selon les principes généraux du Droit et de la
raison -- ces principes auxquels nous nous conformons tous devant les
tribunaux et dans la vie quotidienne -- que la Constitution n'est pas
un contrat; qu'elle ne lie et n'a jamais lié personne; et que tous
ceux qui prétendent fonder leurs actes sur une autorité agissent en
réalité sans aucune autorité légitime; que, selon les principes
généraux du Droit et de la raison, ce sont des usurpateurs purs et
simples, et que chacun a non seulement le droit, mais encore le
devoir moral de les traiter comme tels.
Si les gens de ce pays veulent conserver la sorte de gouvernement que
décrit la Constitution, il n'y a pas la moindre chose qui les
empêche de signer ce document eux-mêmes, et de faire ainsi
connaître leurs souhaits d'une manière ouverte et authentique; de
façon à se conformer à ce que le bon sens et l'expérience de
l'humanité ont jugé raisonnable et nécessaire dans de tels cas; et
de manière à prendre eux-mêmes individuellement, comme il
convient, la responsabilité des actes du gouvernement. Mais
jamais on n'a demandé aux gens de signer ce document. Et la seule
raison pour laquelle on ne leur a jamais demandé de le signer, c'est
qu'on savait bien qu'ils ne l'auraient jamais fait; qu'ils n'étaient
pas aussi fous ni aussi mauvais qu'il fallait l'être pour accepter
de le signer; que (du moins tel qu'il a été interprété dans la
pratique) ce n'est pas ce qu'un homme intelligent et honnête
souhaite pour lui-même; ni non plus ce qu'il a le droit d'imposer à
autrui. Du point de vue moral, la Constitution est tout aussi
dépourvue de toute obligation que les pactes que concluent entre eux
les bandits, voleurs et pirates, mais sans jamais les signer.
Si une portion considérable de la population estime que la
Constitution est bonne, pourquoi ces gens ne la signent-ils pas, ne
font-ils pas des lois pour eux-mêmes, qu'ils s'appliqueront les uns
aux autres, laissant en paix les autres personnes (qui ne les
troublent en rien)? Tant qu'ils ne l'ont pas expérimentée sur
eux-mêmes, comment ont-ils l'audace d'imposer ou seulement de
recommander la Constitution à autrui? Manifestement, la raison de
cette conduite si absurde et incohérente est que, s'ils soutiennent
la Constitution, ce n'est pas seulement en vue de tout usage honnête
et légitime pour eux-mêmes et les autres, mais en vue du pouvoir
malhonnête et illégitime qu'elle leur donne sur la personne et les
biens d'autrui. Sans cette dernière raison, tous leurs éloges de la
Constitution, toutes leurs exhortations, tout l'argent et le sang
qu'ils dépensent pour la soutenir n'existeraient pas.
Ainsi donc, la Constitution elle-même n'ayant aucune autorité, sur
quelle autorité notre gouvernement repose-t-il dans la pratique? Sur
quoi les gens qui prétendent l'administrer se fondent-ils pour
revendiquer le droit de saisir les biens des individus, de limiter
leur liberté naturelle d'agir, de travailler et commercer, et pour
revendiquer le droit de tuer tous ceux qui jugent illégitime leur
pouvoir de disposer des biens, de la liberté et de la vie des hommes
selon leurs bon plaisir?
Le plus qu'ils puissent dire, en réponse à cette question, est
qu'environ la moitié, les deux tiers ou les trois quarts des mâles
adultes de ce pays ont conclu entre eux un accord tacite prévoyant
qu'ils vont conserver un gouvernement conforme à la Constitution;
qu'ils vont, par vote, choisir les personnes qui l'appliqueront; et
que les personnes qui auront obtenu la majorité, ou un grand nombre
de leurs suffrages, agiront comme leurs représentants, et
appliqueront la Constitution en leur nom, et par leur autorité.
Mais cet accord tacite (à supposer qu'il existe) ne justifie
aucunement la conclusion qu'on en tire. Un accord tacite entre A, B
et C, selon lequel ils vont, par leur vote, choisir D comme leur
agent afin de me priver de mon bien, de ma liberté ou de ma vie, ne
saurait donner autorité à D pour en user ainsi. Il n'est pas moins
voleur, tyran et assassin lorsqu'il prétend agir comme leur agent
qu'il ne le serait s'il avouait agir sous sa seule responsabilité.
Je ne suis pas davantage obligé de le reconnaître comme leur agent,
et il n'a aucun droit légitime à se prétendre leur agent, alors
qu'il n'apporte aucun document écrit l'accréditant en cette
qualité. Je ne suis aucunement obligé de le croire sur parole,
lorsqu'il me dit quels sont ses mandants, ou qu'il a quelque mandant
que ce soit. Puisqu'il n'apporte aucun document l'accréditant, j'ai
le droit de dire qu'il n'a même pas l'autorité qu'il prétend
avoir; et qu'il s'apprête donc à me voler, asservir et assassiner
pour son propre compte.
Cet accord tacite entre les électeurs de ce pays ne fournit donc
aucune autorité à leurs agents. De même, les scrutins par lesquels
ils choisissent leurs agents ne valent pas plus que leur accord
tacite; car leurs votes sont exprimés en secret, et donc d'une
manière qui leur évite de porter aucunement la responsabilité
personnelle des actes de leurs agents.
D'aucun corps constitué on ne saurait dire qu'il donne autorité à
un homme d'agir comme son agent, au détriment d'une tierce personne,
s'il ne l'a pas fait d'une manière ouverte et authentique, de façon
à prendre lui-même la responsabilité des actes de cet agent. Aucun
des électeurs de ce pays n'élit ses agents politiques d'une manière
ouverte et authentique, ou d'aucune autre manière qui lui ferait
porter la responsabilité de leurs actes. Par conséquent ces
prétendus agents ne sauraient légitimement prétendre être de
véritables agents. Il faut que quelqu'un soit responsable des actes
de ces prétendus agents; s'ils sont hors d'état de montrer aucune
preuve ouverte et authentique qu'ils ont été accrédités par leurs
mandants, on ne saurait dire, en droit et en raison, qu'ils ont
quelque mandant que ce soit. La maxime s'applique ici, qui veut que
ce qui ne se voit pas n'existe pas. S'ils ne montrent pas de mandant,
ils n'ont pas de mandant.
Mais ces prétendus agents ne savent pas eux-mêmes qui sont leurs
prétendus mandants. Ceux-ci agissent en secret; car agir par scrutin
secret, c'est agir en secret tout autant que s'ils se réunissaient
en secret conclave dans l'obscurité de la nuit. Ils sont
personellement aussi inconnus des agents qu'ils choisissent qu'ils le
sont du reste de la population. Par conséquent aucun prétendu agent
n'est même en mesure de savoir par quelles voix il a été choisi,
et donc qui sont ses véritables mandants. Puisqu'il ne sait pas qui
sont ses mandants, il n'a pas le droit de dire qu'il a des mandants.
Tout au plus peut-il dire qu'il est l'agent d'une association secrète
de voleurs et d'assassins, qui, par le genre de pacte qui a cours
dans les sociétés de malfaiteurs, sont obligés de le soutenir si
ses actes, accomplis en leur nom, rencontrent une résistance.
Les hommes qui ont entrepris honnêtement d'établir la justice dans
le monde n'ont point de raison d'agir de cette façon secrète; ou de
nommer des agents pour accomplir les actes dont eux-mêmes (les
mandants) ne veulent pas porter la responsabilité.
Le scrutin secret produit un gouvernement secret; un gouvernement
secret est une association secrète de voleurs et d'assassins. Mieux
vaut encore un despotisme avoué. Le despote se présente tout seul à
la face de tous et déclare: “L'Etat c'est moi. Ma volonté est la
loi. Je suis votre maître. Je prends la responsabilité de mes
actes. Le seul arbitre que je reconnaisse est l'épée. Si quiconque
conteste mon droit, qu'il tire l'épée.”
Mais un gouvernement secret n'est guère autre chose qu'un
gouvernement d'assassins. Sous lui, l'homme ignore à quels tyrans il
est soumis, jusqu'au moment où ils l'ont frappé, et peut-être même
au-delà. Peut-être soupçonnera-t-il, dès avant, quelques-uns de
ses voisins immédiats. Mais il ne sait rien de sûr. L'homme auprès
de qui il chercherait le plus naturellement refuge et protection se
révélera peut-être un ennemi, lorsque viendra le temps de
l'épreuve.
Voilà la sorte de gouvernement que nous avons; et c'est sans doute
le seul que nous aurons jamais, jusqu'au jour où les hommes seront
prêts à dire: “Nous n'accepterons aucune Constitution, excepté
une Constitution telle que nous puissions la signer sans honte et
sans crainte; et nous n'autoriserons aucun gouvernement à faire en
notre nom quoi que ce soit dont nous ne souhaitions pas porter
personnellement la responsabilité.”
Pourquoi le scrutin est-il secret? Pour une raison et une seule:
comme tous les gens associés dans le crime, ceux qui utilisent le
scrutin ne sont pas des amis, mais des ennemis; et ils ont peur
d'être connus, et que les actes qu'ils accomplissent
individuellement soient connus, même de leurs associés. Ils
parviennent à établir entre eux assez de complicité pour agir de
concert au détriment d'autres personnes; mais au-delà de cela il
n'y a entre eux aucune confiance, aucune amitié. En fait, ils sont
tout aussi empressés à se dépouiller les uns les autres par leurs
machinations qu'à dépouiller ceux qui n'appartiennent pas à leur
bande. Et il est parfaitement entendu que dans certaines
circonstances le parti le plus fort parmi eux fera tuer les membres
des autres partis par dizaines de milliers -- ce qu'ils firent il y a
peu* -- pour accomplir les plans ourdis contre eux. C'est pourquoi
ils ont peur d'être connus, ou que leurs actions individuelles
soient connues, même entre eux. Et c'est, de leur propre aveu, la
seule raison qui justifie le scrutin secret; qui justifie un
gouvernement secret; qui justifie le gouvernement d'une association
secrète de voleurs et d'assassins. Et nous sommes assez fous pour
appeler cela liberté! Faire partie de cette association secrète de
voleurs et d'assassins est considéré comme un privilège et un
honneur! S'il est privé de ce privilège l'homme passe pour un
esclave; s'il en jouit, c'est un homme libre! Un homme libre, parce
que le pouvoir qu'a autrui de le voler, asservir et assassiner
secrètement (par scrutin secret), ce pouvoir il l'a lui aussi sur
autrui! Voilà ce qu'on nomme l'égalité des droits!
Si un nombre d'hommes, grand ou petit, revendique le droit de
gouverner le peuple de ce pays, qu'ils concluent et signent
ouvertement entre eux une convention à cet effet. Qu'ils se fassent
individuellement connaître par ceux qu'ils veulent gouverner. Et
qu'ils prennent ainsi ouvertement la responsabilité légitime de
leurs actes. Combien le feront, parmi ceux qui aujourd'hui
soutiennent la Constitution? Combien auront l'audace de proclamer
ouvertement leur droit de gouverner? ou de prendre la responsabilité
légitime de leurs actes? Aucun!
Il est clair que, selon les principes généraux du Droit et de la
raison, il n'existe rien qui ressemble à un gouvernement créé par
ou reposant sur un quelconque consentement, ou une convention ou un
accord passé par “le peuple des Etats-Unis” avec lui-même; que
le seul gouvernement visible, tangible et responsable qui existe est
celui d'un petit nombre d'individus, qui agissent de concert, et se
font appeler de noms divers tels que sénateurs, représentants,
présidents, juges, huissiers, trésoriers, percepteurs, généraux,
colonels, capitaines, etc., etc.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, il n'importe
aucunement que ces quelques individus prétendent être les agents et
représentants du « peuple des Etats-Unis », puisqu'ils
sont incapables de montrer les documents par lesquels ce peuple les
accréditerait comme tels; jamais ils n'ont été nommés en qualité
d'agents ou représentants en aucune façon ouverte, authentique;
eux-mêmes ne savent pas et n'ont aucun moyen de savoir et de prouver
qui sont individuellement leurs mandants (comme ils les appellent);
et par conséquent on ne saurait dire, en droit et en raison, qu'ils
en aient aucun.
En outre il est clair que, si ces prétendus mandants ont jamais
nommé ces prétendus agents, ou représentants, ils les ont nommés
en secret (par scrutin secret), et de manière à éviter toute
responsabilité personnelle pour leurs actes; que, de plus, ces
prétendus mandants mettent en avant ces prétendus agents pour les
projets les plus criminels, à savoir: dépouiller les hommes de
leurs biens, et limiter leur liberté; et que la seule autorité qui
permette à ces prétendus mandants d'en user ainsi, c'est simplement
l'accord tacite conclu entre eux, selon lequel ils vont
emprisonner, fusiller ou pendre tout homme qui résiste aux exactions
et contraintes que lui imposeront leurs agents ou représentants.
Il est donc évident que le seul gouvernement visible et tangible que
nous ayons est fait de ces soi-disant agents ou représentants d'une
association secrète de voleurs et d'assassins qui, pour couvrir ou
dissimuler leurs vols et leurs assassinats, se sont attribués le
titre de « peuple des Etats-Unis »; et qui, sous prétexte
qu'ils sont « le peuple des Etats-Unis », revendiquent le
droit de soumettre à leur domination, de diriger et de manipuler à
leur gré tous les biens et personnes qui se trouvent sur le
territoire des Etats-Unis.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, le serment
par lequel ces prétendus agents du peuple s'engagent à « soutenir
la Constitution » n'a aucune validité ni aucun pouvoir de
lier. Pourquoi? Pour cette raison au moins, qu'ils ne prêtent
serment à personne. Il n'y a aucune reconnaissance, aucun
consentement ou accord mutuels entre ceux qui prêtent ces serments
et toute autre personne.
Si je vais sur la place publique de Boston, et qu'en présence de
cent mille personnes, hommes, femmes et enfants, avec lesquels je
n'ai aucun contrat sur le sujet, je m'engage par serment à leur
faire appliquer les lois de Moïse, de Lycurgue, de Solon, de
Justinien ou d'Alfred, ce serment, selon les principes généraux du
Droit et de la raison, n'a aucun pouvoir d'obligation. Il n'en a
aucun, non seulement parce qu'il est intrinsèquement criminel, mais
aussi parce qu'il n'est prêté à personne, et que par
conséquent ma promesse n'est engagée à personne. C'est un serment
fait au vent.
La situation n'en serait nullement modifiée si l'on disait que parmi
ces centaines de milliers de personnes en présence desquelles j'ai
prêté serment, il existe deux, trois ou cinq mille adultes mâles
qui secrètement -- par bulletin secret, et de façon à
éviter d'être individuellement connus de moi, ou des
centaines de milliers d'autres -- m'ont désigné comme leur agent
pour gouverner, contrôler, piller et s'il le faut assassiner ces
centaines de milliers de gens. Le fait qu'ils m'ont désigné
secrètement, et de façon à ce que je ne puisse les connaître
individuellement, empêche toute communauté entre eux et moi; et par
conséquent rend impossible tout contrat, ou toute promesse de
fidélité de ma part à leur égard; car il est impossible que je
promette fidélité, en quelque sens juridique que ce soit, à un
homme que je ne connais ni ne puis aucunement connaître
individuellement.
Par conséquent, pour ce qui me concerne, ces deux, trois ou cinq
milliers de personnes sont une association secrète de voleurs et
d'assassins, qui secrètement, de manière à s'épargner toute
responsabilité pour mes actes, m'ont désigné comme leur agent, et,
par quelque autre agent, ou prétendu agent, m'ont fait connaître
leurs volontés. Puisqu'ils restent individuellement inconnus de moi,
et qu'ils n'ont aucun contrat ouvert et authentique avec moi, selon
les principes généraux du Droit et de la raison mon serment
n'engage aucunement ma fidélité envers eux. S'il n'engage pas ma
fidélité envers eux, il ne l'engage envers personne. Mon serment
n'est que du vent. Au mieux c'est un engagement de fidélité envers
une association inconnue de voleurs et d'assassins, et par ce serment
je reconnais publiquement que je suis l'instrument de leurs vols et
assassinats. Ce serment n'a pas plus de pouvoir de lier qu'aucun
serment de ce genre prêté à toute autre bande inconnue de pirates,
voleurs et assassins.
Pour tous ces motifs, selon les principes généraux du Droit et de
la raison, les serments par lesquels les membres du Congrès
s'engagent à « soutenir la Constitution » sont sans
aucune valeur. Non seulement ils sont intrinsèquement criminels, et
pour cette raison nuls et non avenus, mais ils sont nuls pour la
raison supplémentaire qu'ils ne sont prêtés à personnes.
On ne saurait dire, en aucun sens légitime ou légal, que ces
serments sont prêtés au « peuple des Etats-Unis »,
puisque ni l'ensemble ni quelque importante portion de l'ensemble du
peuple des Etats-Unis n'a jamais, ouvertement ou secrètemeent, nommé
ou désigné ces gens pour mettre en application la Constitution. Le
gros du peuple -- je veux dire, hommes, femmes et enfants -- n'a
jamais été engagé ni même autorisé à indiquer de manière
formelle, ni ouvertement ni secrètement, son choix ou son
désir sur ce sujet. Le plus que puissent dire les membres du Congrès
quant à leur nomination est ceci, que chacun d'eux peut dire de
lui-même:
« J'ai des preuves, à mes yeux satisfaisantes, qu'il existe,
dispersée dans le pays, une bande d'hommes qui ont entre eux un
accord tacite, et qui se font appeler « le peuple des
Etats-Unis »; ces gens ont pour objectif général de se
gouverner et de se piller les uns les autres, ainsi que tous les
autres habitants de ce pays -- et, autant qu'ils le pourront, ceux
des pays voisins; et de tuer tout homme qui tentera de défendre sa
personne et ses biens contre leurs machinations visant à voler et
dominer. Ce que sont individuellement ces hommes, je n'ai pas
le moyen de le savoir avec certitude, car ils ne signent aucun
papier, et ne donnent aucune preuve ouverte et authentique de leur
appartenance individuelle. Ils ne se connaissent même pas
individuellement entre eux. Apparemment, ils craignent tout autant de
se connaître individuellement entre eux que d'être connus des
autres gens. C'est pourquoi ordinairement leur seule manière
d'exercer ou de faire connaître leur appartenance individuelle
consiste à voter secrètement pour certains agents chargés
d'accomplir leur volonté. Mais bien que ces hommes soient
individuellement inconnus tant d'eux-mêmes que des autres gens, il
est généralement admis dans le pays que seuls les mâles âgés de
vingt et un ans et plus ont le droit d'appartenir à ce groupe. De
même il est généralement admis que tous les mâles nés
dans ce pays, ayant une certaine couleur de peau, et (en certains
lieux) une quantité de biens déterminée, et (en certains cas) même
ceux qui sont nés à l'étranger, sont autorisés à faire
partie de ce groupe. Cependant, il apparaît qu'ordinairement seuls
une moitié, ou deux tiers, ou en certains cas trois quarts de tous
ceux qui sont ainsi autorisés à faire partie de la bande utilisent
jamais leur qualité de membre, et par conséquent font la preuve de
cette qualité, de la seule manière qu'ils puissent ordinairement
l'utiliser et la prouver, à savoir en votant en secret pour les
officiers ou agents de la bande. Le nombre de ces votes secrets, pour
autant que nous le connaissions, varie grandement d'une année à
l'autre, et tend donc à prouver que la bande n'est pas une
organisation permanente, mais plutôt un arrangement provisoire
concernant ceux qui choisissent provisoirement d'en faire partie. Le
nombre total de ces votes secrets, ou ce qu'on prétend être leur
nombre total, dans les diverses localités, est parfois rendu public.
Nous n'avons aucun moyen de vérifier si ces données sont exactes ou
non. On suppose généralement que de nombreuses fraudes sont
commises lors des scrutins. Il est entendu que les votes sont reçus
et comptés par certaines personnes qui sont nommées à cet effet
par le même processus secret qui est en usage pour choisir tous les
autres officiers et agents de la bande. Selon les rapports faits par
ceux qui ont reçu les votes (gens dont je ne peux toutefois garantir
la précision et l'honnêteté), et selon ce que je sais du nombre
total des mâles « dans mon district » qui (suppose-t-on)
furent autorisés à voter, il semble que la moitié, les deux tiers
ou les trois quarts ont effectivement voté. Ce que sont
individuellement ces gens qui ont voté, je n'en ai pas connaissance,
car tout s'est passé en secret. Mais, parmi les suffrages secrets
ainsi exprimés pour ce qu'ils appellent un « membre du
Congrès », ceux qui les ont reçus disent que j'ai eu la
majorité, ou du moins un plus grand nombre de voix que toute autre
personne. Et c'est uniquement en vertu d'une telle désignation que
je me trouve maintenant ici, pour agir de concert avec d'autres
personnes choisies de la même façon dans d'autres parties du pays.
Il est entendu entre ceux qui m'ont envoyé ici que toute les
personnes ainsi choisies, lorsqu'elles se réuniront dans la ville de
Washington, s'engageront par serment en présence de toutes les
autres à « soutenir la Constitution des Etats-Unis ».
Par là on veut parler d'un certain document qui fut rédigé il y a
quatre-vingts ans. Ce document n'a jamais été signé par personne,
et apparemment il n'a pas et n'a jamais eu le moindre pouvoir de lier
à la façon d'un contrat. En fait, peu de gens l'ont jamais lu et
sans aucun doute la plus grande partie, et de loin, des gens qui ont
voté pour moi et pour les autres ne l'ont jamais vu, ou ne
prétendent pas savoir ce qu'il signifie. Néanmoins, il arrive
souvent dans ce pays qu'on le nomme « la Constitution des
Etats-Unis »; et pour une raison quelconque, les gens qui m'ont
envoyé ici semblent s'attendre à ce que moi-même, et les autres
gens avec lesquels j'agis, nous nous engagions par serment à mettre
en application cette Constitution. Je suis donc disposé à prêter
ce serment, et à coopérer avec toutes les autres personnes choisies
de la même manière qui sont disposées à prêter le même
serment. »
Voilà tout ce que peut dire un membre du Congrès pour prouver qu'il
a bien des électeurs; qu'il représente bien quelqu'un; que son
serment de « soutenir la Constitution » est bien prêté
à quelqu'un, ou engage sa fidélité envers quelqu'un. Il
n'a aucune preuve ouverte, écrite, ou autrement authentique, telle
qu'on en exige dans tous les autres cas, qu'il a jamais été nommé
agent ou représentant de qui que ce soit. Il n'a procuration écrite
d'aucun individu en particulier. Il n'a pas le genre de garantie
juridique, exigée dans tous les autres cas, qui lui permettrait
d'identifier un seul de ceux qui prétendent l'avoir nommé pour les
représenter.
Bien entendu, le serment, prétendument prêté à ces gens-là, par
lequel il s'engage à « soutenir la Constitution »,
n'est, selon les principes généraux du Droit et de la raison, qu'un
serment prêté à personne. Il ne promet fidélité à personne.
S'il ne respecte pas son serment, personne ne peut s'avancer et lui
dire: « Vous m'avez trahi, vous avez manqué à la promesse que
vous m'aviez faite. »
Personne ne peut s'avancer et lui dire: « Je vous ai nommé
comme mon représentant chargé d'agir en mon nom. J'ai exigé que,
en tant que mon représentant, vous prêtiez serment de soutenir la
Constitution. Vous m'avez promis de le faire; aujourd'hui vous avez
manqué au serment que vous m'aviez fait. » Aucun individu en
particulier ne peut lui parler ainsi.
Aucune association, aucun groupe d'hommes ouvert, reconnu ou
responsable ne peut s'avancer et lui dire: « Nous vous avons
nommé comme notre représentant, chargé d'agir en notre nom. Nous
avons exigé que, en tant que notre représentant, vous juriez de
soutenir la Constitution. Vous nous avez promis de le faire;
aujourd'hui vous avez manqué au serment que vous nous aviez fait. »
Aucune association, aucun groupe d'hommes ouvert, reconnu ou
responsable ne peut lui parler ainsi, parce qu'une telle association,
un tel groupe d'hommes, n'existe pas. Si qui que ce soit affirme
qu'il existe une telle association, qu'il donne, s'il le peut, des
preuves de ceux qui la composent. Qu'il produise, s'il le peut, un
contrat ouvert, écrit ou autrement authentifié, signé ou accepté
par ces gens, établissant entre eux une association, les faisant
connaître pour tels aux yeux du monde, le nommant comme leur agent,
et prenant individuellement, ou en tant qu'associaiton, la
responsabilité des actes qu'il accomplira sous leur autorité.
Jusqu'au jour où tout cela sera prouvé, personne ne peut dire, en
aucune façon légitime, qu'une telle association existe; ou qu'il
est son agent; ou qu'il lui a jamais prêté serment; ou qu'il lui a
jamais engagé sa foi.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, il suffirait
à ce prétendu agent de répondre à tous les individus et à toutes
les prétendues associations d'individus qui pourraient l'accuser de
forfaiture envers eux:
« Je ne vous connais pas. Où sont les preuves que,
individuellement et collectivement, vous m'ayez jamais nommé votre
représentant? ou enjoint de vous jurer en tant que votre
représentant, que je soutiendrais la Constitution? ou que j'aie
aujourd'hui manqué à la foi que je vous aurais jamais engagée? Il
se peut que vous soyez, ou non, membres de l'association secrète de
voleurs et d'assassins qui agissent en secret; nomment leurs agents
par scrutin secret; veillent à ne pas se faire connaître
individuellement même des agents qu'ils nomment de cette manière;
et qui, par conséquent, ne peuvent prétendre qu'ils ont quelque
agent que ce soit; ou qu'un de leurs prétendus agents leur a jamais
prêté serment, ou leur a jamais engagé sa foi. Je vous récuse
absolument. Mon serment a été prêté à d'autres, avec lesquels
vous n'avez rien à voir; ou mieux mon serment n'était que du vent,
prêté au vent qui passe. Hors d'ici! »
Pour les mêmes raisons, les serments prêtés par tous les autres
prétendus agents de cette bande secrète de voleurs et d'assassins
sont, selon les principes généraux du Droit et de la raison,
également dénués de tout pouvoir de lier. Ils n'ont été prêtés
à personne; il n'ont été prêtés qu'au vent qui passe.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, les serments
prêtés par les percepteurs et trésoriers de la bande sont
dépourvus de toute validité. Ainsi si un percepteur mettait dans sa
poche l'argent reçu, et refusait de s'en défaire, les membres de
cette bande ne pourraient lui dire: « C'est comme notre agent
que vous perceviez ces sommes, et pour notre usage; et vous avez juré
de nous les remettre, à nous ou à ceux à qui nous pourrions donner
mission de les recevoir. Vous nous avez trahi, vous avez manqué à
votre foi envers nous. »
Il suffirait à cet homme de leur répondre:
« Je ne vous connais pas. Vous ne vous êtes jamais fait
connaître individuellement de moi. Jamais je ne vous ai prêté
serment comme à des individus. Il se peut que vous soyez, ou non,
membres de cette bande secrète qui nomme des agents chargés de
voler et assassiner d'autres gens; mais qui veillent à ne se faire
individuellement connaître soit de tels agents, soit de ceux que ces
agents sont chargés de dépouiller. Si vous êtes membres de cette
bande, vous ne m'avez donné aucune preuve que vous m'ayez jamais
chargé de voler d'autres gens à votre profit. Je ne vous ocnnais
pas, en tant qu'individus, et bien entendu je ne vous ai jamais
promis de remettre entre vos mains le produit de mes vols. J'ai
commis ces vols en mon propre nom et à mon propre avantage. Si vous
m'avez cru assez stupide pour vous permettre de rester cachés, et de
m'utiliser comme un instrument pour voler d'autres gens; ou si vous
avez cru que je prendrais tous les risques personnels que comportent
ces vols pour ensuite vous en remettre le produit, vous êtes
vraiment très naïfs. Puisque j'ai pris tous les risques, j'ai
l'intention de prendre tous les profits de ces vols. Hors d'ici! Non
contents d'être scélérats vous êtes stupides. Si j'ai prêté
serment à qui que ce soit, c'était à d'autres que vous. Mais en
réalité je n'ai prêté serment à personne. J'ai prêté serment
au vent. A l'époque cela servait mes desseins. Cela me permettait de
prendre l'argent que je convoitais, et maintenant j'ai l'intention de
le garder. Si vous pensiez que j'allais vous le remettre, vous vous
fiiez uniquement à ce genre d'honner qui a cours, dit-on, entre
voleurs. Vous comprenez maintenant que c'est là une bien faible
garantie. J'imagine que vous ne commettrez plus jamais l'erreur de
vous y fier. Si dans cette affaire j'ai un devoir quelconque, c'est
de rendre l'argent à ceux à qui je l'ai pris; non de le remettre
aux scélérats que vous êtes. »
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, les serments
prêtés par les étrangers lorsqu'ils arrivent ici et sont
« naturalisés » (comme on dit) n'ont aucune valeur.
Nécessairement, ils ne sont prêtés à personne: parce qu'il n'y a
aucune association ouverte, authentique, dont ils pourraient se faire
membres; ou à laquelle, en tant qu'individus, ils pourraient engager
leur foi. Comme il n'a jamais été formé par un contrat ouvert,
écrit, authentique ou volontaire une association ou organisation,
qui s'appellerait « le peuple des Etats-Unis », une telle
association, ou organisation, n'existe pas, selon les principes
généraux du Droit et de la raison. Tous les serments prétendument
prêtés à une telle association sont par conséquent des serments
faits au vent qui passe. On ne saurait prétendre qu'ils ont été
prêtés à aucun homme, ou groupe d'hommes, en tant qu'individus,
car aucun homme, ou groupe d'hommes ne s'est fait connaître en
avançant la preuve que ce serment a été prêté à eux-mêmes
en tant qu'individus, ou à une association dont ils seraient
membres. Prétendre qu'il existe un accord tacite parmi une portion
des adultes mâles de ce pays, selon lequel ils se nomment « le
peuple des Etats-Unis », et agiront de concert pour soumettre
le reste du peuple des Etats-Unis à leur domination; mais selon
lequel, en agissant toujours en secret, ils resteront personnellement
cachés, c'est une preuve tout à fait insuffisante, selon les
principes généraux du Droit et de la raison, de l'existence d'une
association ou organisation telle que « le peuple des
Etats-Unis »; et, par conséquent, cela ne suffirait aucunement
à prouver que les serments des étrangers furent prêtés à une
telle association.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, tous les
serments qui, depuis la guerre*, ont été prêtés par les gens du
Sud, et par lesquels ils s'engageaient à obéir aux lois du Congrès,
à défendre l'Union, etc., n'ont aucune valeur. De tels serments
sont nuls, non seulement parce qu'ils ont été extorqués par la
force des armes et les menaces de confiscations, et parce qu'ils sont
en contradiction avec le droit naturel qu'ont les hommes de choisir
s'ils vont ou non soutenir le gouvernement, mais aussi parce
qu'ils n'ont été prêtés à personne. Officiellement, on les a
prêtés « aux Etats-Unis ». Mais, puisque officiellement
on les a prêtés « aux Etats-Unis », il s'ensuit qu'ils
n'ont été prêtés à personne, parce que, selon les principes
généraux du Droit et de la raison, il n'existe pas d'« Etats-Unis »
auxquels les serments auraient pu être prêtés. Autrement dit, il
n'existe aucune association, personne morale ou groupe d'hommes
ouvert, authentique, avoué, légitime, qui soit connu sous le nom de
« les Etats-Unis », ou « le peuple des
Etats-Unis », auquel les serments auraient pu être prêtés.
Si quelqu'un affirme qu'il existait une telle association ou personne
morale, qu'il indique quels individus la composaient, et quand et
comment elle s'est constituée comme telle. MM. A, B et C en
étaient-ils membres? Si oui, où sont leurs signatures? Où sont les
témoignages de leur appartenance? Où sont les archives? Où sont
les preuves ouvertes, authentiques? Il n'en existe aucune. Par
conséquent, selon le Droit et la raison, une telle association
n'existait pas.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, toute
personne morale, toute association ou tout groupe d'hommes organisé
ayant une existence légitime en tant que tel, et des droits
légitimes en tant que tel, doit nécessairement être constitué
d'individus déterminés, connus, en mesure de démontrer, par des
preuves légitimes et raisonnables, leur appartenance au groupe. Or,
rien de tel ne peut être prouvé pour ce qui regarde la personne
morale, ou le groupe d'hommes qui se fait appeler « les
Etats-Unis ». A travers tous les Etats-Unis du Nord, aucun
homme parmi ces gens-là n'est en mesure de prouver, par aucun
témoignage juridiquement valable, tel qu'on en exige pour prouver
l'appartenance à d'autres associations ou personnes morales ayant
une existence légale, que lui-même, ou tout autre homme qu'il
puisse nommer, est membre d'une association ou personne morale
appelée « les Etats-Unis », ou « le peuple des
Etats-Unis »; et, par conséquent, qu'une telle société
existe. Puisqu'il est impossible de prouver qu'une telle société
existe, il est impossible de prouver que les serments des gens du Sud
ont été prêtés à une telle société. Le plus qu'on puisse
prétendre est que ces serments ont été prêtés à une association
secrète de voleurs et d'assassins, qui se font appeler « les
Etats-Unis » et extorquent de tels serments. Mais cela n'est
certes pas suffisant pour prouver que les serments ont le moindre
pouvoir d'obliger.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, le serment
par lequel le soldat s'engage à servir un certain nombre d'années,
à obéir aux ordres de ses officiers supérieurs, à faire
allégeance au gouvernement, etc., n'a pas le pouvoir de lier. Non
seulement il est criminel de jurer que, pendant un certain nombre
d'années, cet homme va tuer tous ceux qu'on lui commandera de tuer,
sans exercer son propre jugement ni sa propre conscience quant à
l'équité ou la nécessité d'un tel assassinat, mais il y a une
autre raison pour laquelle le serment du soldat ne le lie pas, à
savoir que, comme tous les autres serments que nous venons de
mentionner, c'est un serment fait à personne. Puisqu'il
n'existe, en aucun sens légal, aucune association, ou nation, qui
s'appellerait « les Etats-Unis », ni, par conséquent, en
aucun sens légal, aucun gouvernement qui s'appellerait « le
gouvernement des Etats-Unis », le serment que le soldat prête
à une telle nation ou un tel gouvernement, ou le contrat qu'il
conclut avec lui, est nécessairement un serment ou un contrat
n'engageant envers personne. Par conséquent, un tel serment ou
contrat n'oblige pas.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, les traités,
comme on les appelle, que prétendent conclure avec d'autres nations
des gens qui s'intitulent ambassadeurs, secrétaires, présidents et
sénateurs des Etats-Unis, au nom et au profit du « peuple des
Etats-Unis », sont sans valeur. Ces soi-disant ambassadeurs,
secrétaires, présidents et sénateurs, qui se prétendent les
agents du « peuple des Etats-Unis », chargés de conclure
ces traités, ne peuvent montrer aucune preuve ouverte, écrite, ou
autrement authentifiée que le « peuple des Etats-Unis »
tout entier, ou tout autre groupe d'hommes ouvert, reconnu,
responsable, qui aurait pris ce nom, a jamais autorisé ces prétendus
ambassadeurs et autres à conclure des traités au nom de quelque
membre que ce soit du « peuple des Etats-Unis » ou
susceptibles de l'obliger; ou que quelque groupe d'hommes ouvert,
reconnu ou responsable ayant pris ce nom a jamais autorisé ces
prétendus ambassadeurs, secrétaires et autres, en son nom et à son
profit, à reconnaître certaines autres personnes qui se font
appeler empereurs, rois, reines, etc., comme des légitimes
gouvernants, souverains, maîtres ou représentants des divers
peuples qu'ils prétendent gouverner, représenter et obliger.
Les « nations », comme on dit, avec lesquelles nos
prétendus ambassadeurs, secrétaires, présidents et sénateurs
affirment conclure des traités sont des mythes tout autant que la
nôtre. Selon les principes généraux du Droit et de la raison, de
telles « nations » n'existent pas. Autrement dit, ni le
peuple anglais tout entier, par exemple, ni aucun groupe d'hommes
ouvert, reconnu, responsable qui prendrait un tel nom, ne s'est
jamais, par un contrat ouvert, écrit, ou autrement authentifié qui
les lierait les uns aux autres, constitué en une association ou
organisation véritable et légitime, ou n'a jamais autorisé aucun
roi, reine ou autre représentant à conclure des traités en son
nom, ou à le lier par ces traités soit individuellement, soit en
tant que groupe.
Donc, nos prétendus traités, puisqu'ils ne sont pas conclus avec
des nations (ou représentants de nations) légitimes et
authentiques, traités qui, de notre côté, sont conclus par des
personnes qui n'ont aucune autorité légitime pour agir en notre
nom, ces traités, dis-je, n'ont intrinsèquement pas plus de
validité qu'un traité conclu par l'Homme de la Lune avec le roi des
Pléiades.
Selon les principes généraux du Droit et de la raison, les dettes
contractées au nom des « Etats-Unis » ou du « peuple
des Etats-Unis » n'ont aucune validité. Il est totalement
absurde de prétendre que des dettes d'un montant de deux milliards
cinq cent millions de dollars pèsent sur trente-cinq ou quarante
millions d'hommes alors qu'il n'y a pas l'ombre d'une preuve légitime
-- telle qu'on en exigerait pour authentifier une dette privée --
qu'on puisse avancer contre aucun d'entre eux pour montrer que cet
homme, ou son représentant dûment autorisé, a jamais souscrit un
contrat qui l'obligerait à payer le moindre centime.
Il est certain que ni le peuple des Etats-Unis dans son ensemble ni
une partie de ce peuple n'a jamais souscrit séparément ou
individuellement un contrat l'obligeant à payer un centime de ces
dettes.
Il est également certain que ni le peuple des Etats-Unis dans son
ensemble ni aucune partie de ce peuple ne s'est jamais constitué par
aucun contrat ouvert, écrit ou autrement authentifié et volontaire
en firme, personne morale ou association qui serait nommée « les
Etats-Unis » ou « le peuple des Etats-Unis », et
qui aurait autorisé ses agents à contracter des dettes en son nom.
Il est certain encore qu'il n'existe aucune firme, personne morale ou
association nommée « les Etats-Unis » ou « le
peuple des Etats-Unis », constituée par un contrat ouvert,
écrit ou autrement authentifié et volontaire, qui posséderait en
société des biens permettant de s'acquitter de ces dettes.
Comment donc, selon les principes généraux du Droit et de la
raison, se peut-il que des dettes qui n'obligent personne
individuellement obligent quarante millions d'hommes collectivement,
alors que, selon les principes généraux et légitimes du Droit et
de la raison, ces quarante millions d'hommes n'ont pas, n'ont jamais
possédé quoi que ce soit en société? n'ont jamais conclu aucun
contrat individuellement ou en société? n'ont, et n'ont jamais eu
aucune existence en tant que société?
Qui donc a contracté ces dettes au nom des « Etats-Unis »?
Qui, sinon une poignée de gens, qui s'intitulent « membres du
Congrès », etc., qui prétendent représenter « le
peuple des Etats-Unis », mais qui en réalité ne représentent
qu'une association secrète de voleurs et d'assassins, qui voulaient
de l'argent pour perpétrer les vols et les meurtres qu'ils ont
entrepris; et qui ont l'intention, à l'avenir, d'extorquer au peuple
des Etats-Unis, par vol et menace d'assassinat (et assassinat
véritable, s'il le faut) les moyens de payer ces dettes.
Cette association secrète de voleurs et d'assassins, qui sont, pour
les dettes ainsi contractées, les véritables mandants, est une
société secrète, parce que ses membres n'ont jamais conclu aucun
contrat ouvert, écrit, reconnu ou authentique, par lequel ils se
feraient connaître du monde en tant qu'individus, ou même ils se
connaîtraient les uns les autres. Leurs représentants réels ou
prétendus, qui ont contracté ces dettes en leur nom, ont été
choisis à cet effet (pour autant qu'il y ait eu choix) de manière
secrète (par scrutin secret), et de façon à ce qu'on ne puisse
présenter de preuves contre aucun des mandants individuellement;
ces mandants n'étaient individuellement connus ni de leurs
prétendus représentants, qui ont contracté ces dettes en leur nom,
ni des prêteurs. L'argent a donc été et emprunté et prêté en
secret; autrement dit, par des hommes qui ne voyaient pas le visage
de l'autre partie, ni ne connaissaient son nom; qui étaient alors et
sont encore aujourd'hui incapables de s'identifier les uns les autres
en tant que mandants de ces transactions; et qui par conséquent ne
peuvent prouver qu'ils sont engagés les uns envers les autres par un
contrat.
En outre, l'argent a été prêté et emprunté dans des intentions
criminelles; je veux dire pour voler et assassiner; pour cette
raison, les contrats étaient intrinsèquement nuls; ils l'auraient
été quand bien même les véritables contractants, emprunteurs et
prêteurs, se seraient vus face à face, auraient conclu leur contrat
ouvertement, en leur nom propre.
En outre, comme cette association secrète de voleurs et d'assassins,
qui sont les véritables emprunteurs de cet argent, n'a pas
d'existence légitime en tant que société, elle ne possède aucun
bien social lui permettant de le rembourser. Certes, ces gens
prétendent posséder de grands espaces de terres sauvages entre
l'Atlantique et le Pacifique, entre le golfe du Mexique et le pôle
Nord. Mais, selon les principes généraux du Droit et de la raison,
ils pourraient tout aussi bien prétendre posséder les océans
mêmes; ou encore l'atmosphère et la lumière du soleil; et
prétendre les détenir, et en disposer, en vue de solder ces dettes.
En réalité, puisqu'ils n'ont aucun bien social leur permettant de
rembourser ce qu'ils prétendent être une dette sociale, cette
association secrète de voleurs et d'assassins est en faillite. Ils
ne possèdent rien qui leur permette de payer. En fait, ils n'ont pas
l'intention de payer leurs dettes autrement que par le produit de
leurs vols et meurtres futurs. Voilà, de leur propre aveu, leurs
seules garanties; et les prêteurs le savaient bien au moment où les
dettes furent contractées. Par conséquent, le fait que les dettes
seraient remboursées grâce au produit de ces vols et meurtres
futurs faisait virtuellement partie du contrat. Pour cette raison, et
quand même il n'y en aurait nulle autre, les contrats étaient nuls
dès le début.
En fait, ces deux catégories apparemment différentes, les prêteurs
et les emprunteurs, n'en faisaient qu'une. Ils s'empruntaient et se
prêtaient les uns aux autres. Ils ne faisaient pas seulement partie
intégrante de cette association secrète de voleurs et d'assassins
qui empruntaient et dépensaient l'argent: ils en étaient l'âme et
le premier moteur. Individuellement ils fournissaient l'argent
nécessaire pour une entreprise commune; prenant, en retour, des
promesses prétendument faites en société pour des prêts
individuels. La seule raison qu'ils avaient, en tant qu'individus,
pour prêter de l'argent à la prétendue société, et, en tant que
prétendue société, pour promettre remboursement de la dette
sociale, alors que prêteurs et emprunteurs étaient les mêmes
personnes, est que cela leur fournissait un prétexte pour les vols
futurs de la bande (on appellerait cela payer les dettes de la
société), et aussi que cela leur permettait de connaître la part
qui reviendrait à chacun sur le produit de leurs vols futurs.
Enfin, si ces dettes avaient été contractées dans les desseins les
plus innocents et honnêtes, et de la manière la plus ouverte et
honnête, par les parties réellement contractantes, ces parties
n'auraient pu lier qu'elles-mêmes, et n'auraient pu engager d'autres
biens que les leurs propres. Elles n'auraient pu lier personne qui
vînt après elles, ni aucun bien qui par la suite fût créé par
d'autres ou appartînt à d'autres.
Puisque la Constitution n'a jamais été signée par personne; qu'il
n'existe aucun contrat ouvert, écrit ou authentique entre quelques
parties que ce soit en vertu duquel serait conservé le gouvernement
des Etats-Unis, comme on l'appelle; qu'il est bien connu que seuls
les hommes âgés de vingt et un ans et plus ont une part quelconque
au gouvernement; qu'il est également bien connu qu'un grand nombre
de ces adultes votent rarement ou même jamais; que tous ceux qui
votent le font en secret (par scrutin secret) et de manière à
empêcher que leurs votes individuels soient connus, tant du monde
que des autres votants; et par conséquent de manière à ce que
personne ne soit publiquement responsable des actes de ses agents et
représentants; puis donc que tout cela est bien connu, la question
se pose: qui compose le véritable pouvoir gouvernant ce pays? Qui
sont les hommes, les hommes responsables, qui nous dépouillent
de nos biens? limitent notre liberté? nous soumettent à leur
pouvoir arbitraire? pillent nos maisons, et nous fusillent par
centaines de milliers si nous résistons? Comment découvrir ces
hommes? Comment les distinguer des autres? Comment nous défendre,
nous-mêmes et nos biens, contre leurs entreprises? Lesquels parmi
nos voisins sont membres de cette association secrète de voleurs et
d'assassins? Comment savoir quelles sont leurs maisons, pour
les brûler et les détruire? quels sont leurs biens, pour les
ruiner? quelles sont leurs personnes, pour les tuer, et
débarrasser le monde et nous-mêmes de ces tyrans et de ces
monstres?
Voilà les questions auxquelles il faut répondre, si l'on veut que
les hommes soient libres; qu'ils puissent se protéger de cette
association secrète de voleurs et d'assassins qui aujourd'hui les
pillent, les asservissent et les détruisent.
La réponse à ces questions est que seuls ceux qui ont la volonté
et le pouvoir de fusiller leurs semblables sont les véritables
maîtres de ce pays, et des autres pays (dits) civilisés; car c'est
seulement ainsi qu'on peut voler et asservir des hommes civilisés.
Chez les sauvages, la simple force physique que possède un homme
seul lui permet parfois de voler, asservir ou tuer un autre homme.
Chez les barbares, la simple force physique que possède un groupe
d'hommes, disciplinés et agissant de concert, avec fort peu d'argent
ou d'autres biens, leur permet, dans de certaines conditions, de
voler, asservir ou tuer un autre groupe d'hommes, aussi nombreux ou
même peut-être plus nombreux. Chez les sauvages et chez les
barbares, la simple nécessité oblige parfois un homme à se vendre
comme esclave à un autre homme. Mais chez les peuples (dits)
civilisés, où le savoir, la richesse et les moyens d'agir de
concert se sont multipliés; qui ont inventé des armes et autres
moyens de défense tels que la simple force physique a perdu de son
importance; où l'on peut toujours avec de l'argent acquérir des
soldats en nombre suffisant, et d'autres instruments de guerre, en
quantité suffisante; chez ces peuples, dis-je, la question de la
guerre, et par conséquent la question du pouvoir, n'est guère autre
chose qu'une simple question d'argent. Conséquence inévitable, ceux
qui sont prêts à fournir l'argent sont les véritables maîtres. Il
en est ainsi en Europe, et il en est ainsi dans notre pays.
En Europe, les maîtres officiels, empereurs, rois et parlements, ne
sont aucunement les véritables maîtres de leur pays. Ils ne sont
guère que de simples instruments dont font usage les riches pour
voler, asservir et (s'il le faut) assassiner ceux qui sont moins
riches, ou totalement pauvres.
Les Rothschild, et cette catégorie de prêteurs dont ils sont les
représentants et agents -- gens qui n'ont jamais envisagé de prêter
un shilling à leur voisin d'à côté dans un dessein d'honnête
industrie sans exiger les garanties les plus sûres, et le taux
d'intérêt le plus élevé --, sont disposés, à tout instant, à
prêter de l'argent en quantités illimitées à ces voleurs et à
ces assassins qui s'intitulent gouvernements, argent qui servira à
fusiller ceux qui n'acceptent pas tranquillement d'être volés et
asservis.
Ils prêtent leur argent de cette manière sachant qu'il servira à
assassiner leurs semblables, des hommes seulement coupables de
rechercher leur liberté et leurs droits; sachant aussi que ni
l'intérêt ni le principal ne sera jamais payé autrement qu'en
l'extorquant sous la menace de nouveaux assassinats semblables à
ceux pour lesquels l'argent prêté sera dépensé.
Ces prêteurs, les Rothschild par exemple, se disent: si nous prêtons
cent milliers de livres sterling à la reine et au Parlement anglais,
ils pourront assassiner vingt, cinquante ou cent mille personnes en
Angleterre, Irlande ou Inde; et la terreur inspirée par ces
assassinats massifs leur permettra de maintenir en sujétion les
peuples de ces pays pour vingt ou peut-être cinquante ans; de
contrôler tout leur commerce et toute leur industrie; de leur
extorquer de fortes sommes d'argent, sous le nom d'impôts; et, grâce
à l'argent ainsi extorqué à ces peuples, eux-mêmes (la reine et
le Parlement) seront en mesure de nous payer, pour notre argent, un
taux d'intérêt plus élevé que tout ce que nous pourrions
autrement toucher. Ou encore, si nous prêtons cette somme à
l'empereur d'Autriche, l'argent lui permettra d'assassiner assez de
gens chez lui pour inspirer la terreur aux autres, et donc de les
maintenir en sujétion et de leur extorquer de l'argent pendant les
vingt ou cinquante années à venir. Ils disent la même chose de
l'empereur de Russie, du roi de Prusse, de l'empereur des Français
ou de tout autre gouvernement, comme on dit, qui, selon eux, sera à
même, par l'assassinat d'une raisonnable part de son peuple, de
maintenir le reste en sujétion, et de lui extorquer, pendant
longtemps, l'argent qui paiera les intérêts et le principal de la
somme à eux prêtée.
Pourquoi ces hommes sont-ils si empressés à prêter de l'argent qui
servira à assassiner leurs semblables? Pour une seule raison, à
savoir: de tels prêts sont considérés comme de meilleurs
investissements que ceux qui se font en vue d'une industrie honnête.
Ils rapportent des intérêts plus élevés; et ils demandent moins
de surveillance. Voilà toute l'affaire.
Pour ces créanciers, ces prêts sont donc une simple question de
profit pécuniaire. Ils prêtent de l'argent qui servira à voler,
asservir et assassiner leurs semblables, pour l'unique raison que,
dans l'ensemble, ces prêts rapportent plus que tous les autres. Ils
ne sont pas gens à respecter les personnalités, ce ne sont pas des
naïfs superstitieux qui révèrent les monarques. Ils n'ont pas plus
de respect pour un roi ou un empereur que pour un mendiant, sauf que
le premier est un meilleur client, et paiera un plus fort intérêt
pour leur argent. S'ils n'ont pas confiance en sa capacité à
assassiner avec succès pour maintenir son pouvoir, et donc, à
l'avenir, soutier de l'argent à son peuple, ils le renvoient avec
aussi peu de cérémonie qu'ils le feraient pour tout autre homme
visiblement au bord de la faillite qui voudrait leur emprunter pour
se sauver d'une banqueroute inévitable.
Lorsque ces grands prêteurs d'argent meurtrier, tels les Rothschild,
ont prêté de cette manière à un empereur ou à un roi de fortes
sommes destinées à l'assassinat, ils vendent les bons qu'ils ont
pris, par petites quantités, à toute personne disposée à les
acheter à bon prix et à les garder comme des investissements.
Eux-mêmes (les Rothschild) retrouvent donc vite leur argent, avec de
grands profits; ils sont dès lors disposés à prêter de la même
façon de nouvelles sommes à tout autre voleur et assassin, appelé
empereur ou roi, qui, pensent-ils, réussira sans doute ses vols et
ses meurtres, et leur paiera un bon prix l'argent nécessaire pour
les perpétrer.
Ce prêt d'argent meurtrier est l'une des affaires les plus
absolument et délibérément sordides et criminelles qui aient
jamais été faites, à une échelle considérable, entre des êtres
humains. Autant prêter de l'argent à des trafiquants d'esclaves, à
des bandits et pirates ordinaires, pour se faire rembourser sur leurs
rapines. Les hommes qui prêtent à ce qu'on appelle les
gouvernements un argent qui leur permettra de voler, asservir et
assassiner leur peuple sont parmi les plus grands scélérats que le
monde ait jamais connus. Ils méritent d'être pourchassés et tués
(s'il n'y a pas d'autre moyen de se débarrasser d'eux) autant que
n'importe quel trafiquant d'esclaves, voleur ou pirate qui ait jamais
existé.
Lorsque ces empereurs et rois, comme on les appelle, ont obtenu leurs
emprunts, ils se mettent à engager et entraîner un nombre immense
de meurtriers professionnels, qu'on appelle soldats, et les emploient
à fusiller tous ceux qui refusent de leur donner l'argent qu'ils
réclament. En fait, la plupart gardent constamment à leur service
de vastes corps d'assassins, seul moyen de perpétrer ces exactions.
En ce moment, il y a, je crois, quatre ou cinq millions de ces
meurtriers professionnels constamment au service des soi-disant
souverains de l'Europe. Bien entendu, les peuples asservis sont
obligés d'entretenir et de payer tous ces assassins, outre qu'ils se
soumettent à toutes les autres exactions que ces assassins sont
employés à perpétrer.
C'est de cette manière uniquement que la plupart des soi-disant
gouvernements de l'Europe se maintiennent. Ces soi-disant
gouvernements ne sont en réalité que de vastes bandes de voleurs et
d'assassins, organisés, disciplinés, et sans cesse sur le qui-vive.
Quant aux soi-disant souverains, dans ces divers gouvernements, ils
ne sont que les têtes ou les chefs de diverses bandes de voleurs et
assassins. Ces têtes ou chefs ont besoin des prêteurs d'argent
meurtrier pour perpétrer leurs vols et leurs assassinats. Sans les
prêts que leur consentent ces vendeurs d'argent meurtrier, ils ne
pourraient se maintenir un instant. Leur premier soin est de
préserver la confiance dont ils jouissent auprès des prêteurs; car
ils savent qu'à la minute où ils perdront cette confiance ce sera
pour eux la fin. Par conséquent, le premier produit de leurs
exactions est scrupuleusement utilisé à payer les intérêts de
leurs emprunts.
Outre qu'ils paient les intérêts de leurs bons, ils garantissent
parfois aux détenteurs de ces bons de grands monopoles bancaires,
tels que la Banque d'Angleterre, de France et de Vienne; étant
entendu que ces banques fourniront l'argent toutes les fois que, en
cas d'urgence soudaine, il en faudra pour fusiller encore plus de
gens parmi leur peuple. Parfois aussi, en imposant des droits de
douane sur les importations concurrentes, ils accordent de grands
monopoles à certaines branches de l'industrie dans lesquelles ces
prêteurs d'argent meurtrier sont engagés. De même, par une
répartition inégale des impôts, ils exemptent totalement ou
partiellement les biens de ces vendeurs d'argent, et font peser un
fardeau d'autant plus lourd sur ceux qui sont trop pauvres et trop
faibles pour résister.
Il est donc clair que tous ces gens qui se font appeler de ces noms
ronflants: Empereurs, Rois, Souverains, Monarques, Majestés Très
Chrétiennes, Majestés Très Catholiques, Hautesses, Altesses
Sérénissimes et Potentissimes, etc., et qui prétendent régner
« par la grâce de Dieu », « par Droit Divin »
-- c'est-à-dire par l'autorité spéciale du Ciel -- ne sont pas
seulement intrinsèquement les pires malfaiteurs et scélérats,
uniquement occupés à dépouiller, asservir et assassiner leurs
semblables; ils sont en outre les pires parasites, les domestiques et
instruments les plus serviles, obséquieux, flagorneurs de ces
vendeurs d'argent meurtrier, dont ils attendent les moyens de
perpétrer leurs crimes. Les vendeurs d'argent, tel les Rothschild,
rient dans leur barbe et se disent: « Ces créatures
méprisables qui se font appeler empereurs et rois et majestés et
altesses sérénissimes et potentissimes; qui prétendent porter une
couronne et s'asseoir sur un trône; qui se couvrent de rubans, de
plumes et de joyaux; qui s'entourent de flatteurs et flagorneurs à
gages; et que nous laissons se pavaner, et se faire passer auprès
des naïfs et des esclaves pour des souverains et législateurs
spécialement désignés par le Très-Haut; que nous laissons se
prétendre les seules sources des honneurs, dignités, richesses et
pouvoirs -- tous ces scélérats et imposteurs savent que c'est nous
qui les faisons et utilisons; que c'est par nous qu'ils vivent, se
meuvent, et de nous qu'ils tirent leur être; que nous exigeons (pour
prix de leur statut) qu'ils prennent sur eux toute la peine, tout le
danger et toute la honte des crimes qu'ils commettent pour notre
profit, et qu'à l'instant même où ils refuseront de commettre tout
crime que nous exigeons d'eux, ou de nous verser la part du profit de
leurs vols que nous estimons convenable, nous les déferons, nous les
dépouillerons de leurs hochets pour les jeter mendiants par le
monde, ou les livrer à la vengeance du peuple qu'ils ont asservi. »
Or, ce qui est vrai en Europe l'est aussi, pour l'essentiel, en ce
pays. La différence, minime, est que dans ce pays il n'existe pas de
tête, ou chef, permanent de ces voleurs et assassins qui se font
appeler « le gouvernement ». Autrement dit, on ne trouve
pas ici un homme seul qui se ferait appeler l'Etat, ou même
l'empereur, le roi ou le souverain; ni non plus personne qui
prétendrait que lui-même et ses enfants gouvernent « par la
grâce de Dieu », « par Droit divin », ou par
désignation spéciale du Ciel. On trouve seulement certains hommes,
qui se font appeler présidents, sénateurs et représentants, et qui
se prétendent les agents autorisés, pour le moment présent ou
pour des périodes déterminées et courtes, du « peuple
des Etats-Unis » tout entier; mais qui sont incapables
de montrer aucun document les accréditant, aucun pouvoir de
représentation, ou aucune autre preuve ouverte et authentique qu'ils
sont bien tels; et qui, de notoriété publique, ne sont rien de tel;
mais qui, en réalité, ne sont que les agents d'une association
secrète de voleurs et d'assassins qu'eux-mêmes ne connaissent pas
et n'ont pas le moyen de connaître individuellement, mais qui, ils
en sont sûrs, en cas de crise, les protégeront ouvertement ou
secrètement dans toutes leurs usurpations et tous leurs crimes.
Il est important de remarquer que ces soi-disant présidents,
sénateurs et représentants, ces prétendus agents du « peuple
des Etats-Unis » tout entier, du moment que leurs exactions
rencontrent quelque formidable résistance de la part d'une partie
quelconque de ce « peuple », sont eux aussi obligés,
comme leurs collègues, les voleurs et assassins d'Europe, de
recourir aussitôt aux prêteurs d'argent meurtrier, pour en obtenir
les moyens de protéger leur pouvoir. Ils empruntent leur argent
selon le même principe, et dans le même but, qui est de l'employer
à fusiller tous ceux qui, parmi « le peuple des Etats-Unis »
-- leurs propres électeurs et mandants, comme ils aiment à les
appeler --, s'opposent aux vols et à l'asservissement que ces
emprunteurs leur font subir. Ces emprunteurs n'espèrent pas
rembourser (s'ils remboursent) autrement que par le produit de leurs
rapines futures, que, pensaient-ils, eux-mêmes et leurs successeurs
sauront commettre sans trop de peine, pendant de longues années, aux
dépens de leurs prétendus mandants, pourvu qu'ils puissent
maintenant fusiller quelques centaines de milliers de ceux-ci, et
donc inspirer la terreur aux autres.
Peut-être est-ce dans notre pays, plus que partout ailleurs dans le
monde, qu'il apparaît avec le plus d'évidence que ces vendeurs
d'argent meurtrier, ces hommes sans entrailles, sont les véritables
maîtres; qu'ils gouvernent pour les motifs les plus sordides et les
plus intéressés; que le gouvernement qu'on voit, les présidents,
sénateurs et représentants, comme on les appelle, ne sont que leurs
instruments; et qu'aucune notion, aucune considération de justice ou
de liberté n'a joué le moindre rôle dans leur décision de prêter
leur argent pour la guerre. A preuve, examinons les faits suivants.
Il y a près d'un siècle, nous avons été fiers d'avoir jeté aux
orties toute cette superstition religieuse, inculquée par un clergé
européen servile et corrompu, qui veut que les gouvernants, comme on
les appelle, tiennent leur autorité directement des Cieux; et que,
par conséquent, le devoir religieux des peuples soit de leur obéir.
Depuis longtemps déjà nous proclamons avoir compris que les
gouvernements ne sont légitimes que par l'effet d'une volonté libre
et d'un appui volontaire de la part de ceux qui ont choisi de les
soutenir. Depuis longtemps, nous nous vantons de savoir que le seul
but légitime d'un gouvernement est de maintenir la liberté et la
justice de façon égale pour tous. Voilà ce que nous professons
depuis près de cent ans. Et nous faisons profession de considérer
avec pitié et mépris ces peuples d'Europe, peuples ignorants,
superstitieux et esclaves, si facilement maintenus dans la sujétion
par la fraude et la force des prêtres et des rois.
En depit de tout cela, que nous avons appris, compris et professés
depuis près d'un siècle, ces prêteurs d'argent meurtrier, au cours
de longues années antérieures à la guerre*, ont été les
complices empressés des propriétaires d'esclaves, qui
pervertissaient le gouvernement, le mettant au service, non de la
liberté et de la justice, mais du plus grand des crimes. Ils s'en
sont faits les complices pour des considérations purement
pécuniaires, à savoir, pour contrôler les marchés du Sud; en
d'autres mots, pour s'assurer le privilège de maintenir les
propriétaires d'esclaves eux-mêmes dans la sujétion industrielle
et commerciale des manufacturiers et négociants du Nord (qui plus
tard financeront la guerre). Pour les mêmes considérations
pécuniaires, ces négociants et manufacturiers du Nord, ces prêteurs
d'argent meurtrier, étaient prêts à poursuivre cette complicité
avec les propriétaires d'esclaves. Mais, soit qu'ils se méfient de
leurs alliés nordiques, soit qu'ils se soient sentis assez forts
pour maintenir leur esclaves en servitude sans l'aide du Nord, les
propriétaires d'esclaves refusèrent de payer le prix exigé par les
gens du Nord. C'est pour assurer ce prix à l'avenir -- c'est-à-dire
pour monopoliser les marchés du Sud, pour maintenir leur contrôle
industriel et commercial sur le Sud -- que ces négociants et
manufacturiers du Nord ont prêté pour financer la guerre un peu de
l'argent qu'avaient rapporté leurs anciens monopoles, afin de
s'assurer, dans l'avenir, des monopoles semblables ou même plus
étendus. C'est pour ces motifs, et non par amour de la liberté ou
de la justice, que le Nord a financé la guerre. Bref, le Nord a dit
aux propriétaires d'esclaves: « Si vous ne voulez pas payer le
prix que nous demandons (nous donner le contrôle de vos marchés)
pour l'aide que nous vous apportons contre vos esclaves, nous nous
assurerons le même prix (nous garderons le contrôle de vos marchés)
en aidant vos esclaves contre vous, en les utilisant comme des
instruments pour maintenir notre domination sur vous; car le contrôle
de vos marchés, nous l'aurons, que les instruments utilisés à cet
effet soient blancs ou noirs, et quoi qu'il en coûte, en argent et
en vies humaines. »
C'est selon ce principe, et pour ce motif -- non par quelque amour de
la liberté ou de la justice -- que d'énormes sommes furent
avancées, et avec d'énormes intérêts. C'est seulement grâce à
ces prêts que les objectifs de la guerre furent atteints.
Maintenant ces prêteurs d'argent meurtrier réclament leur salaire;
et le gouvernement, ou ce qu'on appelle ainsi, devient leur
instrument, outil servile, abject, ignoble, dont ils se servent pour
soutirer l'argent produit par le labeur des peuples asservis au Nord
comme au Sud. Argent extorqué par toutes les formes, directes et
indirectes, de taxation inéquitable. Non seulement la dette et les
intérêts nominaux -- si énormes que soient les seconds -- doivent
être complètement remboursés; mais ces détenteurs de créances,
il faut les payer encore davantage, et peut-être deux, trois ou
quatre fois plus, en taxant les importations de façon que les
manufacturiers de ce pays puissent vendre leurs produits à des prix
monstrueux; et encore en leur accordant des monopoles bancaires qui
leur permettent de contrôler, et donc d'asservir et piller
l'industrie et le commerce de la plupart des gens même dans le Nord.
Bref, l'asservissement industriel et commercial de la plus grande
partie du peuple de ce pays, Nord et Sud, blanc et noir, est le prix
que demandent ces prêteurs d'argent meurtrier, qu'ils réclament
avec insistance, et qu'ils sont déterminés à obtenir, en échange
de l'argent prêté pour la guerre.
Ce programme une fois bien établi et agencé, ils mettent leur épée
entre les mains de l'assassin en chef de la guerre, et lui donnent
mission d'accomplir leur plan. Aujourd'hui cet homme, parlant en leur
nom, dit: « Faisons la paix. »
Ce qui veut dire: « Soumettez-vous sans résistance à toutes
les rapines et à l'asservissement que nous avons prévu pour vous,
et vous aurez « la paix ». Mais si vous résistez, les
mêmes prêteurs d'argent meurtrier qui ont fourni les moyens de
soumettre le Sud fourniront aussi les moyens de vous soumettre
vous-mêmes. »
Telles sont les conditions qu'impose notre gouvernement et, avec de
rares exceptions, tous les gouvernements, pour donner « la
paix » à leur peuple.
Toute l'affaire, de la part de ceux qui ont fourni l'argent, a été
et est toujours une machination délibérée en vue du vol et de
l'assassinat; non seulement pour monopoliser les marchés du Sud,
mais aussi pour monopoliser la circulation monétaire et contrôler
ainsi l'industrie et le commerce, et donc dépouiller et asservir les
travailleurs, au Nord comme au Sud. Aujourd'hui le Congrès et le
président ne sont plus que des instruments pour atteindre leurs
objectifs. Ils n'ont pas d'autre choix, car ils savent bien que leur
pouvoir de gouvernants, comme on dit, ne durerait pas un instant de
plus que leur crédit auprès des vendeurs d'argent meurtrier. Ils
sont comme des faillis entre les mains d'un prévaricateur. Ils
n'osent opposer aucun refus aux demandes qu'on leur fait. Et pour
cacher d'un seul coup, si possible, et leur servilité et leurs
crimes, ils s'efforcent de détourner l'attention du public en
s'écriant qu'ils ont « Aboli l'Esclavage! », qu'ils ont
« Sauvé le Pays! », « Préservé notre Glorieuse
Union! » et que maintenant, en remboursant la « Dette
Nationale », ainsi qu'ils l'appellent (comme si le peuple
lui-même, tous ceux qui vont être taxés pour la rembourser,
s'était vraiment et volontairement réuni pour contracter cette
dette), ils ne font que « Préserver l'Honneur National! »
Par « préserver l'honneur national », ils veulent dire
simplement qu'eux-mêmes, ces voleurs et assassins avérés, estiment
qu'ils sont la nation; qu'ils tiendront leurs promesses envers ceux
qui leur prêtent l'argent nécessaire pour écraser sous leurs
bottes la majeure partie du peuple; et qu'ils vont fidèlement
utiliser à rembourser toutes leurs dettes, intérêts et
principal, une part suffisante des produits de leurs vols et
assassinats futurs.
Lorsqu'ils prétendent que l'« abolition de l'esclavage »
fut ou le but ou la justification de la guerre, c'est là un mensonge
de même nature que la prétention à « préserver l'honneur
national ». Qui donc a jamais institué l'esclavage, sinon des
usurpateurs, voleurs et assassins tout pareils à eux? Quel
gouvernement, sinon un qui s'appuie sur l'épée, comme celui que
nous avons aujourd'hui, a jamais été capable de perpétuer
l'esclavage? Et pourquoi ces hommes l'ont-ils aboli? Non par amour de
la liberté en général -- non comme un acte de justice envers
l'homme noir, mais seulement comme un « acte de guerre »,
et parce qu'ils avaient besoin de lui, de son aide et de celle de ses
amis pour poursuivre la guerre qu'ils avaient entreprise en vue de
conserver et renforcer cet esclavage politique, commercial et
industriel auquel ils ont soumis la majorité de notre peuple, les
Blancs comme les Noirs. Et pourtant, ces imposteurs crient
aujourd'hui partout qu'ils ont aboli l'esclavage-marchandise de
l'homme noir -- ce n'était pas le motif de la guerre -- comme s'ils
croyaient pouvoir ainsi cacher, racheter ou justifier cet autre
esclavage que leur guerre visait à perpétuer et à rendre encore
plus rigoureux et implacable que jamais auparavant. Il n'y a pas de
différence de principe, mais seulement de degré, entre l'esclavage
qu'ils se vantent d'avoir aboli et celui que leur guerre visait à
perpétuer; car toute limitation à la liberté naturelle de l'homme,
lorsqu'elle n'est pas nécessaire pour la simple conservation de la
justice, est de la nature de l'esclavage, et l'une ne diffère de
l'autre que par le degré.
Si leur objectif avait réellement été d'abolir l'esclavage, ou,
d'une manière générale, de promouvoir la liberté et la justice,
il leur suffisait de dire: « Tous ceux, blancs ou noirs, qui
demandent la protection de ce gouvernement l'obtiendront; tous ceux
qui ne la veulent pas seront laissés en paix, pourvu qu'ils nous
laissent en paix. » Eussent-ils dit cela que l'esclavage aurait
nécessairement été aboli à l'instant même; on aurait évité une
guerre; et il en serait résulté une union mille fois plus noble que
toutes celles que nous avons jamais connues. C'eût été l'union
volontaire d'hommes libres; une union telle qu'un jour il en existera
entre tous les hommes du monde entier, si les diverses nations, comme
on dit, se débarrassent des usurpations, voleurs et assassins qu'on
appelle gouvernements, et qui aujourd'hui les dépouillent, les
asservissent et les détruisent. Autre mensonge encore: ces gens
disent qu'ils instituent, et que la guerre avait pour but
d'instituer, « un gouvernement de consensus ». Quant à
ce que peut bien être un gouvernement de consensus, la seule idée
qu'ils aient jamais manifesté est celle-ci: c'est un gouvernement
auquel chacun doit consentir, sinon il sera fusillé. C'est l'idée
principale qui a dirigé la conduite de la guerre; et cela reste
l'idée principale, maintenant que nous avons ce qu'on appelle
« paix ».
Lorsqu'ils prétendent avoir « sauvé le pays » et
« préservé notre Glorieuse Union », ce sont des
mensonges semblables à tous leurs autres mensonges. Cela signifie
simplement qu'ils ont mis sous le joug et soumis à leur pouvoir un
peuple qui s'y refusait. Voilà ce qu'ils appellent « Sauver le
Pays »; comme si d'un peuple asservi et mis sous le joug --
comme si de n'importe quel peuple maintenu en sujétion par l'épée
(comme ils ont l'intention de le faire pour nous tous désormais) --
on pouvait dire qu'il a un pays! Voilà aussi ce qu'ils appellent
« Préserver notre Glorieuse Union »; comme si l'on
pouvait parler d'une Union, glorieuse ou pas, qui ne fût pas
volontaire. Ou comme si l'on pouvait parler d'union entre maîtres et
esclaves; entre conquérants et peuples mis sous le joug.
Lorsqu'ils s'écrient qu'ils ont « aboli l'esclavage »,
« sauvé le pays », « préservé l'union »,
institué « un gouvernement de consensus » et « maintenu
l'honneur national », tout cela n'est que mensonges grossiers,
honteux, transparents -- si transparents qu'ils ne devraient tromper
personne -- lorsqu'ils servent à justifier la guerre, ou le
gouvernement qui a succédé à la guerre, ou le procédé par lequel
aujourd'hui on oblige le peuple à payer pour la guerre, ou par
lequel on oblige tout homme à soutenir un gouvernement dont il ne
veut pas.
La leçon qu'on peut tirer de tous ces faits est celle-ci: aussi
longtemps que l'humanité continuera de payer des « dettes
nationales », comme on dit -- c'est-à-dire, aussi longtemps
qu'il y aura des dupes et des lâches prêts à payer pour être
trompés, dépouillés, asservis et assassinés--, il y aura aussi de
l'argent à emprunter pour ces objectifs; et avec cet argent, on
pourra engager quantité d'instruments appelés soldats pour
maintenir ces lâches dans la soumission. Mais si un jour ils
refusent de payer plus longtemps pour être ainsi trompés,
dépouillés, asservis et assassinés, ce jour-là il n'y aura plus
de menteurs, usurpateurs, voleurs, assassins et vendeurs d'argent
meurtrier pour leurs maîtres.
APPENDICE
Puisque la Constitution n'a jamais été signée, ni acceptée par
quiconque en tant que contrat; puisque par conséquent elle n'a
jamais obligé personne et n'oblige personne aujourd'hui; puisque, en
outre, elle est telle qu'il n'est pas possible que quiconque
l'accepte jamais, à moins d'y être contraint à la pointe des
baïonnettes; pour toutes ces raisons il n'importe peut-être pas de
déterminer sa véritable valeur juridique en tant que contrat.
Cependant, l'auteur de ces lignes croit utile de dire que, selon lui,
la Constitution n'est pas l'instrument qu'ordinairement on suppose;
mais que, par de fausses interprétations et d'évidentes
usurpations, on a fait du gouvernement, en pratique, une chose très
largement différente, presque complètement différente de ce que la
Constitution elle-même prétend autoriser. L'auteur a déjà prouvé
par de nombreux écrits que telle est bien la vérité, et il
pourrait en écrire bien davantage. Mais qu'importe que la
Constitution soit ceci plutôt que cela; une chose est certaine: ou
elle a autorisé un gouvernement tel que celui que nous avons eu, ou
elle a été incapable de l'empêcher. Dans l'un et l'autre cas, elle
ne mérite pas d'exister.
Notes
1. Voir No Treason, n°2, pp. 5 et 6.
2. Admettons que ce soit « le meilleur gouvernement qu'il y ait
sur terre »; cela prouve-t-il qu'il est bon, ou seulement que
tous les autres sont mauvais?
3. Même les hommes qui l'ont rédigé n'ont jamais signé ce
document de manière à se lier par lui en tant que contrat.
Et il est probable que parmi eux aucun n'eût jamais voulu le signer
de manière à se lier par lui en tant que contrat.
4. J'ai personnellement examiné les codes des Etats suivants: Maine,
New Hampshire, Vermont, Massachusetts, Rhode Island, Connecticut, New
York, New Jersey, Pennsylvanie, Delaware, Virginie, Caroline du Nord,
Caroline du Sud, Géorgie, Floride, Alabama, Mississipi, Tennesse,
Kentucky, Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, Wisconsin, Texas,
Arkansas, Missouri, Iowa, Minnesota, Nebraska, Kansas, Nevada,
Californie et Oregon; j'ai constaté que dans tous ces Etats la loi
anglaise a été reprise et qu'elle est aujourd'hui en application,
parfois avec des modifications, mais qui généralement en
élargissent la portée.
Voici quelques-uns des clauses qui apparaissent dans le code du
Massachusetts:
« Aucune action judiciaire ne sera intentée dans aucun des cas
suivants, à savoir...
« Accuser une personne en se fondant sur la promesse spéciale
qu'elle aurait faite de répondre des dettes, manquements à payer,
ou méfaits d'une autre personne...
« En se fondant sur un contrat réglant la vente de terres,
logements, héritages, ou ayant un intérêt à ces choses, ou les
concernant; ou...
« En se fondant sur un accord qui n'est pas à accomplir dans
le délai d'un an après le moment où il a été écrit:
« A moins que l'engagement, le contrat ou l'accord sur lequel
se fonde une telle action judiciaire, ou un quelconque mémorandum ou
une quelconque note de celui-ci, ne soit rédigé par écrit, et
signé par la partie qui sera liée par cet engagement, ou par une
personne légalement désignée par elle à cet effet. »
« Aucun contrat pour la vente de biens, denrées ou
marchandises, pour le prix de cinquante dollars ou plus, ne sera bon
et valide, à moins que l'acheteur n'accepte et reçoive une partie
des biens ainsi vendus, ou ne donne définitivement quelque chose
pour sceller la transation, ou en paiement partiel; ou à moins
qu'une note ou un mémorandum écrit de la transation ne soit fait et
signé par la partie qui sera engagée par celle-ci, ou par une
personne qu'elle aura légalement désignée à cet effet. »
5. Ces deux tiers peuvent n'être que les deux tiers d'un quorum --
c'est-à-dire les deux tiers d'une majorité--, non les deux tiers de
l'ensemble.
6. Quel intérêt pour un homme, en tant qu'individu, si on lui
accorde une voix dans le choix de ces maîtres publics? Ce n'est
qu'une voix parmi des millions.