
And so he was to spend the next three weeks, without any internet.
"The State of Israel is at war with the Palestinian people, people against people, collective against collective." Israeli Ministry of Justice
Beaucoup de gens disent qu’ils lisent leurs infos uniquement sur le web, et qu’ils n’utilisent plus les journaux, ni même les infos télévisées, pour obtenir des informations. Mais, quand vous regardez la source de la plupart des reportages originaux (c’est-à-dire les journaux sur papier et les sites internet des services cablés, des télévisions, et d’autres opérations plus traditionnelles d’information) alors, en réalité, la plupart des gens ont toujours besoin de dinosaures comme nous. Ils ne font que consommer notre travail sous une autre forme.En général, je ne pense pas que qui que ce soit ira prétendre que le journalisme de la presse écrite n’a pas un avantage sur le journalisme par internet, de deux ordres de magnitude, dans le nombre de personnes travaillant sur le terrain. Personne ne disputera que la très grande majorité du contenu qui apparaît dans les allées journalistiques du web proviennent de reporters travaillant dans la presse écrite traditionnelle.
Selon les conventions, si je suis assis à un bureau et que je lis une copie de ce que le porte-parole a dit, pour ensuite en parler sur mon blog, je suis qu’un sale pique-assiettes. Mais si je suis assis à la salle des conférences de presse de la Maison Blanche et que je transcris ce que le porte-parole dit, pour ensuite en parler dans un article, je fais du journalisme.Avedon Carol, dans des termes moins flatteurs, dit :
Mmm, voyons voir… Je peux aller sur le site de la Maison Blanche, whitehouse.gov, et lire tout ce que les officiels de l’administration ont à dire officiellement, ou je peux dépenser de l’argent pour m’acheter un journal et lire une répétition de citations sélectionnées parmi les discours suscités. Que faire ?La différence officielle entre ce que Mr. Turner fait, et ce qu’un blogger fait, est faite principalement des limites de Mr. Turner, créées par la fiction légale des limites de l’entreprise. Le blogger, ou le journaliste par internet, est autant un éditeur que Mr. Turner, dans le sens où il édite et recombine du contenu généré presque entièrement par d’autres gens. Mais tandis que Mr. Turner est limité à l'ensemble des reporteurs disponibles en interne, avec en supplément les informations des autres services câblés, pour le blogger le monde entier du journalisme est disponible « en interne. »
Si c’est tout ce que les journaux savent faire, alors à quoi servent-ils ?
Les normes du “reportage objectif” impliquent ainsi de présenter les « deux côtés » d’une question avec très peu d'implication dans le domaine des formes indépendantes de vérification… [Un] journaliste qui essaie systématiquement de vérifier les faits – pour dire quel assortiment de faits est plus correct – prend le risque d’être accusé d’abandonner son objectivité en favorisant un côté par rapport à l’autre…L’ancienne gérante-assistante Karen DeYoung pour le Washington Post a déclaré (commentaires de slactivist) :
…[L]es journalistes qui essaient d’être fidèles à un modèle objectif de reportage se distancent simultanément de la notion d’une vérité indépendamment vérifiable….
Le modèle “deux côtés” de l’objectivité journalistique fait du reportage d’information un travail beaucoup plus facile, puisqu’il ne requiert pas de recours à un domaine factuel. Il n’y a pas de faits à vérifier, pas d’archives d’informations dissimulées à parcourir… Si X ne réussit pas à remettre en question un argument fait par Y, l’argument reste en état.
“Nous sommes inévitablement les porte-paroles de toute administration au pouvoir… Si le président se lève pour dire quelque chose, nous rapportons ce que le président a dit.”Ma dénonciation préférée de ce modèle de “journalisme” fut mise en oeuvre par Rob Corddry, du Daily Show:
Compris ? Donc, si un représentant du gouvernement se lève pour dire que la lune est composée de fromage vert, un journal n’est pas obligé de questionner cette déclaration.
Cela signifie que quand “l’opposition” est aussi couarde et détestable que les Démocrates sur le sujet de l’Iraq ces six dernières années, le public est globalement niqué au niveau des informations qui pourraient remettre en cause la version de l’administration.
STEWART: Voici ce qui m’intrigue le plus, Rob. L’histoire de John Kerry au Vietnam est dans les dossiers officiels de l’armée Américaine, et elle n’a pas été disputée ces 35 dernières années ?Plutôt que de simplement répéter ce qu’ont dit Dupond et Dupont, les journalistes devraient fournir l’information nécessaire à l’évaluation de la véracité des déclarations contradictoires. Et bien que la plupart des journalistes grand-publics ne le font pas, c’est une partie importante de ce qui fait les blogs. Les bloggers font exactement ce que devraient faire les journalistes grand-public, qui ne le font pas. Pour prendre un exemple : Quand Hillary Clinton ou George Bush répètent le mensonge que Saddam a « expulsé les inspecteurs hors de l’Iraq » en 1998, un bon journaliste mentionnerait dans le même article le fait objectif que les inspecteurs n’ont pas été expulsés, mais retirés. Quand Dick Cheney nie avoir dit une certaine chose, un bon journaliste aurait besoin de cinq bonnes minutes avec Google pour retrouver la citation originale et l’inclure, avec une référence à la source, directement sous le déni de Cheney. Et Tim Russert, s’il avait fait son travail, aurait eu un clip tout prêt pour confronter le déni de Cheney. Un bon journaliste ne citerait jamais des déclarations Israéliennes officielles à propos de l’utilisation par le Hamas de « boucliers humains » sans accompagner cela de sources extérieures sur l’absence de preuve de tirs de mortiers depuis des écoles ; il ne citerait pas plus des déclarations Israéliennes officielles sur les tentatives de minimisation des pertes civiles sans faire référence aux preuves accablantes qui montrent qu’ils ont utilisé du phosphore blanc comme une arme délibérée de terreur.
CORDDRY: Exact, Jon, et c’est certainement l’interprétation que tu entendras de la part de Kerry dans les jours qui suivent.
STEWART: Mais ce n’est pas une interprétation, c’est un fait. C’est établi.
CORDDRY: Tout à fait, et ce fait établi et indiscutable représente un côté de l’histoire.
STEWART: Mais, ça devrait être la fin de l’histoire. Je veux dire, tu as vu les dossiers non ? C’est quoi ton opinion ?
CORDDRY: Pardon, mon opinion ? Non, je n’ai pas d’o-pi-nion. Je suis un journaliste, Jon, mon travail consiste à passer la moitié du temps à répéter ce que dit un côté, et l’autre moitié à répéter ce que dit l’autre. Un petit truc qu’on appelle ‘objectivité’ – tu devrais regarder dans le dico un de ces quatre.
STEWART: Mais l’objectivité, c’est pas aussi regarder objectivement les faits, et déclarer ce qui est possible et ce qui ne l’est pas ?
CORDDRY: Wo wo wo ! Et ben voyez-vous ça ! On dirait que quelqu’un veut que les médias filtrent l’information ! [avec une voix aigüe efféminée] « Ouhh, cette allégation est fausse ! Après enquête cette déclaration n’est basée sur aucun fait ! Ou la la ! Ou la la ! » Ecoute mon pote: c’est pas mon boulot de faire obstacle entre ceux qui me parlent et ceux qui m’écoutent.
Exacerbe notre tendance à nous en remettre aux sources officielles, qui sont le moyen le plus simple et rapide d’avoir un “il a dit” et un “elle a dit”, et ainsi, un “équilibre.” Selon les nombres assemblés par l’analyste Andrew Tyndall, sur les 414 reportages sur l’Iraq diffusés sur NBC, ABC et CBS de septembre à février dernier, seuls 34 ne sont pas venus de la Maison Blanche, du Pentagone, et du Département d’Etat. Et donc on finit avec trop de vérité « officielle. »Enfin, l’objectivité fait que les journalistes hésitent à injecter des débats dans les informations, qui ne sont pas déjà lancés. « Les infos suivent le zeitgeist, » selon Jonathan Weisman, « et si un sujet n’est pas dans le zeitgeist actuel, alors il sera difficile à vendre aux éditeurs. » Mais qui mène le zeitgeist, à Washington au moins ? L’administration.
Plus important, l’objectivité nous rend inquiet d’avoir l’air de questionner le président – ou le gouverneur, ou le patron – et de risquer ainsi de perdre notre accès…
Après plus de deux décennies à couvrir le sujet de l'armée, Ricks a développé de nombreux contacts, de la crème à la piétaille. Ceci, selon le Pentagone actuel, est un problème.Si vous voulez une condamnation du journalisme grand-public et de sa sténographie au service des puissants, vous n'avez qu'à vous servir dans les apologies du journalisme établi, à Judith Miller.
La lettre du Pentagone à l'éditeur en chef du Post, Leonard Downie, contenait des accusations que Ricks lance son filet aussi loin que possible, et envoie des emails à de nombreuses personnes.
Les détails de la plainte étaient difficile à comprendre. Un représentant du Pentagone déclara en privé que Ricks ne donnait pas assez de légitimité aux commentaires officiels, qui allaient à l'encontre de l'angle de ses reportages.
Et les blogs ? On fait ça depuis un bout de temps aussi. On appelle ça des rubriques. La différence est que la plupart des rubriques rapportent le nom et l'identité de l'auteur (sur la base de la notion antique que ce qui est écrit a plus de crédibilité si tout le monde sait en fait qui est l'auteur).Maintenant, il est vrai que de nombreux bloggeurs sont anonymes. Mais il y a aussi un grand nombre de bloggeurs, dont des personnalités reconnues avec des connections dans l'académie, la politique, et même (ohoh) le journalisme traditionnel, qui bloguent sous leurs propres noms. Les grands noms, avec des centaines de milliers de lecteurs, incluent entre autres Matt Yglesias, Markos Moulitsas, Duncan Black, Arianna Huffington, Glenn Reynolds, Alex Tabarrok, Paul Krugman, Dean Baker, et Josh Marshall. Il y a des organisations sur internet comme Democracy Now, Counterpunch et Alternet avec des équipes entières de journalistes. Et l'on évalue la crédibilité de ses sources, anonymes ou pas, de la même manière que l'on évalue les sources sur papier -- à travers sa propre expérience, au fil du temps, de ceux sur qui on peut compter ou pas.
Et voici un autre petit secret: Les patrons de journaux se sont déjà posés toutes ces questions sur l'engagement du public. Ils ont tout essayé, le journalisme “citoyen,” une plus grande utilisation des graphiques, l'interactivité. Seulement, dans le temps, cela s'appelait solliciter des infos... et accepter les lettres à l'éditeur.A nouveau, l'aspect le plus révolutionnaire de la culture réseau lui échappe: le remplacement d'un ancien modèle de journalisme, impliquant la diffusion et le contrôle, par un nouveau modèle d'échange entre de grands nombres de personnes.
The World est plus qu'un simple observateur de la scène locale. Il est une partie intégrale du réseau social restreint qui a dirigé la politique locale aussi longtemps qu'on se souvienne. Ce réseau... a poursuivi ses propres intérêts égoïstes au nom du progrès civique, avec des résultats désastreux pour les citoyens ordinaires de Tulsa et de sa zone métropolitaine...Comme la plupart des communautés en Amérique, nous avons notre propre Comité des Cafards ici dans l'Arkansas du Nord-Ouest. A côté des suspects habituels dans les conseils municipaux et les chambres de commerce, son élément principal est le Conseil du Nord-Ouest de l'Arkansas, une organisation nominalement privée formée par les élites du gouvernement local et des entreprises, pour avancer des projets d'autoroutes, d'aéroports, et autres assistances aux entreprises (oh, pardon, je veux dire du “financement d'infrastructure pour le bénéfice de l'économie locale”). Ses principaux personnages sont les ex-représentants de Tyson, Wal-Mart, de la société de camionnage J.B. Hunt, et de l'empire des biens immobiliers de Jim Lindsey. Je crois que la plupart des zones métropolitaines ont une organisation similaire qui dirige les choses derrière le rideau.
Le même petit nombre d'initiés circule d'une commission municipale à l'autre, contrôlant la politique de la ville, mais au-delà de la portée du processus démocratique.
Résumé
Lysander Spooner, le théoricien légal du libéralisme radical américain du 19ième siècle, pourrait sembler avoir défendu deux théories distinctes et incompatibles de la relation entre les normes légales libérales et la loi positive. Dans des travaux plus anciens comme The Unconstitutionality of Slavery (1846), les normes légales libérales semblent émerger de considérations immanentes dans la loi positive; mais plus tard dans des travaux comme Natural Law, or the Science of Justice (1882), les normes légales libérales semblent au contraire fonctionner comme une contrainte externe sur la légitimité, et en fait la légalité, des lois positives. J'avance, en me basant sur la tradition de la loi naturelle ainsi que sur des théories analytiques plus récentes du langage, et en appliquant les canons d'interprétation de Spooner à ses propres textes, que les formulations apparemment distinctes de Spooner fournissent en fait une approche unique et cohérente, une jurisprudence défendable et attrayante, basée sur la loi naturelle radicale-libérale qui transcende la distinction interne/externe.
Il est intrinsèquement aussi faux, absurde, invraisemblable, et ridicule de dire que les législateurs, soi-disant, peuvent inventer et créer des lois, par eux-mêmes, fixant autoritairement, ou déclarant, les droits des individus, ou qui seront de la moindre façon obligatoire pour les individus, ou que les individus pourront être légitimement forcés d'y obéir, qu'il le serait de dire qu'ils peuvent inventer et créer les mathématiques, la chimie, la physiologie, ou d'autres sciences, à leur bon plaisir... (A Letter to Grover Cleveland on His False Inaugural Address (1886) I, pp. 3-4.)Les normes légales libertaires sont apparemment passées du statut de standards que l'on peut découvrir dans la loi positive, à celui de standards externes en comparaison desquels toutes les lois positives sont mesurées et jugées insatisfaisantes.4
Le peuple a établi la constitution uniquement pour donner une preuve écrite et certaine de ses intentions. Ayant leur instrument écrit, nous avons leur propre témoignage, leur propre déclaration de ce qu'étaient leurs intentions. Les intentions de l'instrument, donc, et les intentions du peuple, sont identiques... Maintenant cet instrument écrit, qui est, en théorie, le contrat volontaire de chaque individu avec tous les autres, est la preuve légale la plus grande de leurs intentions. Il est la preuve spécifique qui est requise de toutes les parties... Les intentions qu'il exprime doivent, par conséquent, représenter les intentions de tous, et être appliquées en tant que loi, par-dessus de toute intention contraire, qui pourrait avoir été séparément, individuellement, et officieusement exprimée par une partie, ou par toutes les parties, en d'autres occasions ...Tant que les parties reconnaissent l'instrument comme leur contrat, elles sont chacune d'entre elles empêchées par celui-ci de dire qu'elles ont des intentions contraires. Les intentions du contrat et les intentions des parties sont identiques, sinon les parties se contredisent individuellement... l'instrument écrit, ce seul instrument, que tous ont, en théorie, accepté, doit toujours être la preuve la plus grande que les courts peuvent avoir des intentions de la totalité du peuple. (Unconstitutionality of Slavery II. 17, pp. 158-9.)D'où il est une erreur de demander une réponse par oui ou par non à la question de savoir si pour Spooner la signification de la loi dépend des intentions de ces ratificateurs. Pour les questions légales, les intentions des ratificateurs ne doivent pas être cherchées en dehors du document, mais uniquement à l'intérieur de celui-ci:
Si, par conséquent, le fait était historiquement authentifié, que chaque homme dans la nation avait publiquement affirmé, moins d'une heure après l'adoption de la constitution, (c'est-à-dire, moins d'une heure après qu'il ait, en théorie, accepté celle-ci,) qu'il n'était pas d'accord qu'un seul des principes exprimés par l'instrument soit établi en loi, toutes ces affirmations n'auraient pas la moindre conséquence légale; et pour la raison très suffisante, que ce qu'ils ont dit dans l'instrument est la loi; et ce qu'ils ont dit en dehors de celui-ci n'en est pas une partie, et n'a aucune conséquence légale sur celui-ci... Si tout individu, après avoir accepté une constitution, pouvait placer ses propres intentions, ses propres compréhensions de l'instrument, ou ses propres réservations mentales, en opposition aux intentions exprimées par l'instrument lui-même, la constitution serait capable d'avoir autant de significations que d'individus y ayant consenti. Et la conséquence serait, qu'elle n'aurait aucune obligation du tout, en tant que contrat mutuel et contraignant, car, très probablement, il n'y aurait pas deux personnes avec la même compréhension de l'instrument dans toutes ses particularités, et ainsi il n'y aurait pas deux personnes qui auraient accepté la même chose. (Unconstitutionality of Slavery II. 17, pp. 159.)Mais tandis que Spooner rejette une approche intentionnaliste de l'interprétation, il serait une erreur de croire qu'il traite le sens du texte comme quelque chose de mystérieusement inhérent dans un texte, en dehors des intentions de qui que ce soit. Comme je l'ai dit autre part:
Considérez le cas du mythe Grec d'Œdipe, roi de Thèbes, qui décrète que quiconque a amené la pollution spirituelle sur la cité à travers le parricide et l'inceste doit partir en exil. Au moment où il fait ce décret, ni lui ni qui que ce soit ne réalise que lui, Œdipe, est l'homme qui a commis le parricide et l'inceste. Donc en faisant ce décret il n'est pas de l'intention d'Œdipe que lui, Œdipe, soit exilé. Mais une fois que la vérité est découverte, la seule manière d'appliquer le décret est d'envoyer Œdipe en exil; ainsi expulser Œdipe est ce que Spooner appellerait l'intention du décret, mais pas l'intention de l'auteur. (Roderick T. Long, "Federalism and the Bill of Rights: The Pros and Cons of Kelo," 8 July 2005, http://www.lewrockwell.com/long/long14.html)Mais cela ne signifie pas que les intentions n'ont rien à voir avec la signification du décret. Œdipe participe à un langage public, et ce que les différentes marques et les bruits signifient dans ce langage a sûrement quelque chose à voir avec les intentions d'Œdipe et de ses compagnons parlant ce langage. Les intentions qui déterminent le sens du décret, cependant, sont des intentions sémantiques générales, et non des intentions conséquentes spécifiques sur ce qui est sensé résulter d'un décret particulier. Étant donné le sens que les intentions sémantiques ont conféré sur les mots dans le décret d'Œdipe, et avec les faits de l'affaire, le décret signifie en fait qu'Œdipe doit être exilé, bien que personne n'ait voulu cela. De la même manière, alors, étant donné le sens que les intentions sémantiques des anglophones ont donné à la phrase "le peuple des Etats-Unis," il s'en suit, Spooner peut maintenant le dire, que le Préambule de la Constitution garantit les bénédictions de la liberté à tous les habitants du pays, y compris les esclaves, même si personne n'avait voulu cela non plus. La moralité de l'affaire d'Œdipe, donc, est que si les législateurs décrètent X sans réaliser que X est en fait Y, alors leur décret doit être interpréter comme requérant Y même si les législateurs n'ont jamais voulu ceci.
Si la loi dit que les employés gouvernementaux doivent être payés en or, alors ils ne peuvent pas être payés en pyrites de fer, puisque le pyrite de fer n'est pas en réalité de l'or, même si ceux qui ont écrit la loi ignoraient la différence. Si la loi dit que les pêcheurs ne peuvent pas chasser des mammifères, alors en réalité la loi dit qu'ils ne peuvent pas chasser des dauphins, même si les législateurs pensaient que les dauphins étaient des poissons. De la même manière, si la loi dit que la servitude involontaire est interdite, alors le gouvernement ne peut pas lancer de mobilisation générale, puisque la mobilisation générale est en réalité une servitude involontaire, même si ceux qui ont écrit la loi ne le reconnaissaient pas. (Roderick T. Long, "The Nature of Law, Part III: Law vs Legislation," Formulations 2, no. 1 (Autumn 1994): http://tinyurl.com/2yuacj )Que dire de l'invocation de Spooner de la théorie de la loi naturelle pour déterminer le sens de termes normatifs comme "dû" ? Ici encore, si nous supposons -- comme le fait Spooner -- qu'il y a un fait objectif dans les relations normatives, comme le "devoir," comme il y a un fait objectif dans ce que sont les caractéristiques explicatives fondamentales du dauphin, dans le fait qu'une partie du "peuple des Etats-Unis" est constituée d'esclaves, alors l'interprétation correcte d'une phrase comme "livrés sur revendication d'une partie à laquelle un service ou un travail peut être dû" ne dépendra pas de ce que les auteurs ou les ratificateurs de cette clause croyaient être nécessaire pour que le travail d'une personne soit réellement "dû" à une autre, mais plutôt sur les faits normatifs véritables, quels qu'ils soient, sur ce qui est nécessaire pour que le travail d'une personne soit "dû."
Bien sûr, l'intention des auteurs compte, parce que la signification de leurs mots dépend de ce qu'ils voulaient; la raison qui fait que leur terme "or" ne fait pas référence au pyrite de fer est qu'ils voulaient que le terme fasse référence à quoi que ce soit qui est correctement similaire dans la profonde structure explicative à leurs extraits paradigmatiques d'or. Mais ce n'est pas uniquement leur intention, mais cette intention en conjonction avec des faits possiblement non-reconnus de la réalité, qui détermine si un morceau particulier de matière compte pour de l'or -- tout comme ce ne sont pas les règles (définis par convention) de l'échec seules, mais ces règles en conjonction avec les mouvements et les positions des pièces sur l'échiquier, qui déterminent si un échec et mat a eu lieu -- même si les joueurs ne remarquent pas l'échec et mat ! ("Federalism and the Bill of Rights," op. cit.; cf. Roderick T. Long, "Reference and Necessity: A Rand-Kripke Synthesis," Journal of Ayn Rand Studies 7, no. 1 (Fall 2005).)
Imaginons que vous et moi ne sommes pas d'accord sur les nécessités importantes de la justice sociale. Nous différons alors sur la manière dont le concept de justice s'applique; nous différons, en d'autres termes, sur les principes de justice. Ceci est possible si le concept de justice admet plusieurs interprétations, ou des conceptions contradictoires... Maintenant considérez un exemple constitutionnel... une cour appliquant la clause de juste compensation ne déciderait pas nécessairement d'une affaire comme les auteurs l'auraient fait... Plutôt, une cour estimerait que la Constitution signifie précisément ce qu'elle dit et ainsi demanderait une juste compensation. Une cour aurait besoin de défendre une conception particulière d'une juste compensation...contre les alternatives les plus plausibles... Les concepts contestés ne semblent pas confinés à la moralité et à la loi. Leurs propriétés sont de toute manière similaires à celles dont les concepts se réfèrent à des substances ou des phénomènes naturels, tels que l'eau et la chaleur. D'après une compréhension plausible du développement de la science, par exemple, les théories caloriques et cinétiques de la chaleur sont (ou furent autrefois) des conceptions contradictoires du concept de la chaleur... Si, comme la plupart des gens le pensent, la 'chaleur' fait référence à un phénomène physique déterminé, il peut y avoir, en principe, une meilleure théorie de la chaleur. Cela implique qu'il y a une meilleure conception d'un concept contesté. Cela suggère, à son tour, que les concepts contestés dans la Constitution peuvent avoir de meilleures interprétations... Maintenant si l'idée que la Constitution inclut des concepts contestés est correcte, alors appliquer la Constitution en termes de sa meilleure interprétation est, dans les faits, appliquer des doctrines dont l'application est demandée par la Constitution originelle. Mais, tout comme l'interprétation du concept de la chaleur demande plus que de la simple réflexion, toute inteprétation de ce genre se sert inévitablement de ressources qui ne sont ni implicites dans le texte ni purement linguistiques. Elle...requiert que les tribunaux appliquant des 'clauses vagues' de la Constitution interprètent 'des concepts contestés,' ce qui requiert de raisonner sur des principes moraux ou politiques. (David Lyons, "Constitutional Interpretation and Original Meaning," pp. 85-99; in Social Philosophy & Policy 4, no. 1 (Fall 1986), pp. 75-101.)Tout comme toute référence légale à la "chaleur" ou à "l'or" devrait être interprétée en accord avec notre meilleure compréhension de la véritable nature de la chaleur ou de l'or, toute référence légale à, disons, une "forme républicaine de gouvernement" ou un "procès avec jury" doit être interprétée en accord avec notre meilleure compréhension de la véritable nature des républiques ou des procès avec jury;8 et toute référence légale à un phénomène normatif tel que la "juste compensation" ou ce qui est "dû" doit être interprété en accord avec notre meilleure compréhension de la véritable nature de la justice. Dans ce sens, tandis que la loi naturelle est en quelque sorte une contrainte "externe" sur la Constitution, son application à l'interprétation constitutionnelle est exigée par le langage de la Constitution lui-même.
Dans l'interprétation de toutes les lois et de toutes les constitutions, les règles légales ordinaires de l'interprétation doivent être observées. La plus importante de ces règles, et celle à laquelle il est constamment nécessaire de faire référence, est celle selon laquelle tout langage doit être tranché "strictement" en faveur du droit naturel. La règle est posée par la Cour Suprême des Etats-Unis dans ces termes: "Là où les droits sont envahis, où les principes fondamentaux sont renversés, où le système général des lois est abandonné, l'intention législative doit être exprimée avec une clarté irrésistible, pour induire une cour de justice à supposer un but dans l'application de tels objectifs." ... United States vs. Fisher, 2 Cranch, 390. (Unconstitutionality of Slavery I. 2, pp. 16-19.)Effectivement, les quatorze maximes de l'interprétation légale9 qu'emploie Spooner pour établir l'inconstitutionnalité de l'esclavage ne sont, comme il le démontre, en aucun cas de sa propre invention; elles sont toutes tirées (souvent citées) de la pratique et de la tradition légale établie. La loi naturelle est peut-être externe à la loi positive, mais la base sur laquelle Spooner l'invoque se trouve dans la loi positive. C'est dans ce sens qu'on peut dire que Spooner, malgré sa foi dans la loi naturelle en tant que standard externe, estime que les normes légales libertaires émergent de contraintes immanentes plutôt que de contraintes externes.
Mr.Spooner a toute liberté de dire, qu'une grande partie de ce que le monde appelle 'loi' n'est pas obligatoire, car cela n'est pas juste aux yeux de Dieu; et là-dessus tous les bons hommes seront d'accord avec lui. Mais affirmer que parce qu'une chose n'est pas juste, elle n'est pas loi, comme ce terme est communément et légitimement utilisé, cela est attaquer le problème de ce qui constitue la base du gouvernement entre les hommes... Est-ce que Mr Spooner veut dire simplement, qu'une nation en créant ses lois n'a pas de droit, aux yeux de Dieu, de perpétrer l'injustice ? Nous sommes d'accord avec lui... Ou veut-il dire, qu'en négociant ce qui sera la règle de la conduite civile, la voix de ma majorité n'est pas finale et concluante, sur ses propres officiers, dans tous les ministères du gouvernement? Alors nous ne sommes absolument pas d'accord, et nous affirmons, que, selon son plan, le Gouvernement est impossible. Un individu pourrait, et devrait démissionner, plutôt que d'aider à appliquer une loi qu'il estime injuste. Mais tandis qu'il retient, sous la majorité, une de leurs positions, il la retient à leurs conditions, qui sont, d'obéir et d'appliquer leurs décrets. Il ne peut pas y avoir de proposition plus évidente, que celle selon laquelle, dans tout Gouvernement, la majorité doit régner, et sa volonté uniformément obéie. Maintenant, si la majorité décrète une loi mauvaise, et que le Juge refuse de l'appliquer, qui doit s'effacer, le Juge, ou la majorité ? Bien sûr, le premier. Toute autre supposition rend le Gouvernement impossible. En effet, l'idée de Mr. Spooner est dans la pratique le non-gouvernementalisme. Elle laisse chacun libre de faire ce qui est juste à ses propres yeux. (Wendell Phillips, Review of Lysander Spooner's Essay on the Unconstitutionality of Slavery (Boston: Andrews & Prentiss, 1847), pp. 9-10.)Ironiquement, Spooner fait précisément la même critique à l'envers: ceux qui basent la signification d'une loi sur les intentions extra-textuelles de ses auteurs ou de ses ratificateurs doivent logiquement donner à la loi "autant de significations différentes que d'individus qui y ont consenti," et donc -- étant donné la diversité de telles significations privées -- "aucune obligation du tout." (Unconstitutionality of Slavery II. 17, pp. 158-9.) Malgré tout, Phillips avait raison de voir des tendances anarchistes dans les travaux avant-guerre de Spooner. Ses travaux se font effectivement fait plus explicitement anarchistes après la guerre; mais si l'analyse de Phillips est correcte alors cette tendance représente un développement naturel, plutôt qu'une répudiation, de la position initiale de Spooner.10
--La violence et l'absence de loi-- comment les définissons nous ? N'est-ce pas quand un homme plus fort force un homme plus faible à faire ce qui lui semble juste, non pas par la persuasion mais par l'obligation ? ...Il semblerait suivre que si un tyran, sans persuader les citoyens, les amène par promulgation à faire certaines choses -- cela est l'absence de loi ?... Et que dire des mesures votées par une minorité, non par persuasion de la majorité, mais dans l'exercice de son pouvoir uniquement ? Devons-nous, ou pas, appliquer le terme violence à ces dernières ?Et Spooner avance globalement le même argument quand il note que "si le pouvoir physique est la fontaine de la loi, alors la loi et la force sont des synonymes... Sommes nous préparés à admettre le principe, qu'il n'y a pas de véritable distinction entre la loi et la force? Si nous n'y sommes pas prêts, alors nous devons rejeter cette définition."12 (Unconstitutionality of Slavery I.1, p.12.) L'autorité de la loi doit découler, non pas de la force qui la soutient, mais de la justice de son contenu -- comme le dit Platon:
-- Je pense que tout ce que quiconque force un autre à faire, sans persuasion, avec ou sans promulgation, est une violence plutôt qu'une loi.
-- Il semblerait que tout ce que la majorité, dans l'exercice de son pouvoir sur les possesseurs de richesses, et sans les persuader, choisit de promulguer, est de la nature de la violence plutôt que de celle de la loi ? (Xénophon, Memorabilia***)
-- Dis-tu que la loi est une blessure à l'état, ou un bénéfice ?Et Aristote, aussi, insiste (Politics VII. 1324b24-29) qu'il n'est "même pas légal" de régner injustement ou par-dessus ceux qui refusent.
-- Elle est faite, je pense, avec le bénéfice en vue, mais parfois, si la loi est mal faite, elle est une blessure.
-- Et bien, alors, n'est-il pas vrai que ceux qui font la loi la font pour le plus grand bien de l'état, et que sans ceci il est impossible de jouir d'un bon gouvernement ? ... Alors, quand ceux qui font les lois ratent le bien, ils ont raté la légalité et la loi... Sûrement ceux qui savent, pensent qu'en réalité pour tous les hommes ce qui est le plus bénéfique est plus légal que ce qui moins bénéfique. (Platon, Hippias Major 284c-e.)
Il y a une vraie loi, une juste raison, en accord avec la nature, connue de tous les hommes, constante et éternelle, qui appelle le devoir de par ses préceptes, qui dissuade du mal par son interdiction. Cette loi ne peut pas être abandonnée sans ressentir de la culpabilité. Il n'y a pas non plus une loi à Rome et une autre à Athènes, une chose maintenant et une autre après; mais la même loi, constante et éternelle, qui lie toutes les races d'hommes en tout temps. (Cicéron, Republic***)De la même manière, quand Spooner nous dit que:
Tous les grands gouvernements du monde -- ceux qui existent aujourd'hui, ainsi que ceux qui ont disparu -- ont été ...de simples bandes de voleurs, qui se sont associés pour le pillage, la conquête, et la mise en esclavage de leurs frères. Et leurs lois, comme ils les ont appelées, n'ont été que ces accords qu'ils ont trouvé nécessaires de conclure, pour pouvoir maintenir leurs organisations, et pour agir ensemble dans le pillage et l'esclavage d'autres personnes, et dans l'assurance que chacun ait sa part du butin, et elles n'ont pas eu plus de véritable obligation que n'en ont les accords que les brigands, les bandits et les pirates trouvent nécessaires de conclure, pour l'accomplissement plus réussi de leurs crimes, et la division plus pacifique de leur butin. (Natural Law I.3.2, p.18)il est facile de soupçonner l'influence de la déclaration similaire de Cicéron:
Je trouve que cela a été l'opinion des hommes les plus sages que la loi n'est pas un produit de la pensée humaine, ni la promulgation des peuples, mais quelque chose d'éternel... De ce point de vue il peut être facilement compris que ceux qui formulèrent des lois mauvaises et illégitimes pour les nations, violant par là même leur confiance et leur convention, ont fait appliquer tout sauf des lois. Il peut donc être clair que dans la définition même du terme loi il y a intrinsèquement l'idée et le principe de choisir ce qui est juste et vrai... Que dire des nombreuses lois mortelles et pestilentielles que les nations font appliquer ? Celles-ci ne méritent pas plus d'être appelées lois que ces règles qu'une bande de voleurs pourrait décider dans leur assemblée. Car si des hommes ignorants et incompétents ont prescrit des poisons mortels plutôt que des médicaments qui soignent, ceux-ci ne peuvent absolument pas être appelés les prescriptions de médecins. (Cicéron, Laws***)Et le soupçon devient conviction lorsque nous voyons que Spooner cite explicitement chacun de ces passages de Cicéron.14
Si leurs lois ordonnent tout sauf la justice, ou interdisent tout sauf l'injustice, elles sont elles-mêmes injustes et criminelles. Si elle ordonnent simplement la justice, et interdisent l'injustice, elles n'ajoutent rien à l'autorité naturelle de la justice, ou à l'obligation des hommes de lui obéir. (Letter to Grover Cleveland I, pp.4-5.)L'argument de Spooner est que la raison qui fait que nous devrions obéir, disons, aux lois interdisant le meurtre, n'est pas que le meurtre a été interdit par les autorités humaines mais plutôt que le meurtre est en lui-même un mal. Ainsi l'acte législatif d'interdire le meurtre n'a pas d'autorité en lui-même; et donc Spooner refuse de l'appeler loi.
La loi, donc, appliquée à tout objet ou chose, signifie un principe naturel, inaltérable, universel, qui gouverne cet objet ou cette chose. Toute règle, qui n'existe pas dans la nature des choses, ou qui n'est pas permanente, universelle ou inflexible dans son application, n'est pas loi, selon toute définition correcte du mot loi.En bref, au moment même où Spooner essayait de montrer que l'esclavage (ainsi que d'autres restrictions moins graves de la liberté) est illégal sur la base de ses interprétations ingénieuses de différents passages légaux, Spooner soutenait déjà que l'esclavage était illégal pour la simple raison que rien d'injuste ne peut être légal, quoi que la législation puisse dire.
Qu'est-ce, donc, que ce principe naturel, universel, impartial et inflexible, qui, dans toutes les circonstances, fixe nécessairement, détermine, définit et gouverne nécessairement les droits civils des hommes ? ...Je le définirai simplement comme la règle, le principe, l'obligation, ou la nécessité de la justice naturelle. ...Telle est la véritable signification du mot loi, telle qu'elle est appliquée aux droits civiques des hommes. ... L'idée même de la loi a pour origine les droits naturels des hommes. En dehors des droits naturels, il n'y a pas d'autre standard en fonction duquel on peut mesurer la loi civile. La loi a toujours été le nom de cette règle ou de ce principe de justice, qui protège ces droits. ...
La loi naturelle, donc, est la loi prédominante. Et, puisqu'elle est la loi prédominante, elle est nécessairement la seule loi: car, étant appliquable à tout cas qui survient concernant les droits des hommes, tout autre principe ou règle, qui devrait arbitrairement être appliqué à ces droits, serait nécessairement en conflit avec cette loi. (Unconstitutionality of Slavery I.1, pp 6-7.)
Si, donc, la loi n'est rien d'autre que la règle, le principe, l'obligation ou la nécessité de la justice naturelle, il suit que ... la loi constitutionnelle, sous toute forme de gouvernement, ne consiste qu'en ces principes de la constitution écrite, qui sont en accord avec la loi naturelle, et les droits naturels de l'homme; et que tout autre principe, qui pourrait être exprimé par la lettre de toute constitution, est nul et n'est pas loi, et que tous les tribunaux judiciaires sont tenus de le déclarer comme tel. Bien que cette doctrine puisse abîmer la législation et les constitutions, elle est néanmoins la loi. Elle fixe et détermine les droits réels de tous les hommes; et ses demandes sont aussi impérieuses que toute autre pouvant exister sous le nom de loi.(Unconstitutionality of Slavery I.1, p.14.)Ayant commencé son livre avec cette grande déclaration, Spooner continue en expliquant que dans les chapitres qui suivent, "je n'insisterai pas sur le principe du chapitre précédent, qu'il ne peut y avoir de loi contraire au droit naturel; mais j'admettrai, pour mener à bien la démonstration, qu'il peut y avoir de telles lois," en insistant seulement que "dans l'interprétation de toutes les lois et des constitutions, les règles légales ordinaires d'interprétation soient observées." (Unconstitutionality of Slavery I.2, pp.15-17.) En bref, la position de Spooner est: Si la Constitution permettait effectivement l'esclavage, alors l'esclavage serait toujours illégal, bien que dans ce cas la Constitution serait illégale elle aussi; mais en fait je peux montrer que la Constitution, si on l'interprète correctement, ne permet pas l'esclavage.
La question de l'adoption de la constitution est principalement un problème de supposition et de théorie, plutôt qu'un problème de fait. Ceux qui ont voté contre, sont tout autant présumés d'y avoir consenti, que ceux qui ont voté pour. Et tous ceux qu'on n'a pas permis de voter, sont supposés y avoir consenti autant que les autres. ... Néanmoins, cette supposition doit être prise comme un fait, aussi longtemps que la constitution est reconnue comme loi; parce que la constitution affirme comme un fait, que le peuple l'a ordonnée et l'a établie; et si cette affirmation est niée, la constitution elle-même est niée, et son autorité est par conséquent invalidée, et le gouvernement lui-même est aboli. (Unconstitutionality of Slavery II. 17, p. 225.)L'argument tout entier de "The Constitution of No Authority" est contenu dans ce passage de The Unconstitutionality of Slavery.
Si nous sommes forcés d'interpréter la constitution avec la moindre règle, il est évident que nous devons le faire par des règles qui ont déjà été établies. Si nous ne sommes pas forcés de l'interpréter selon la moindre règle, alors nous n'avons pas la moindre excuse de l'interpréter de manière à légaliser l'esclavage. (Unconstitutionality of Slavery II. 17, p. 226.)En d'autres termes: soit la Constitution a une autorité légale légitime, soit elle n'en a pas. Si elle en a, alors elle doit être interprétée d'une manière légale correcte -- et Spooner pense qu'il a montré que l'interpréter de cette manière rend l'esclavage inconstitutionnel. Si ce n'est pas le cas, alors on ne peut pas utiliser systématiquement la Constitution pour défendre l'esclavage. Dans chaque cas, l'argument de la défense de l'esclavage sur la base de la Constitution est vaincu.
Quelles qu'aient pu être leurs intentions personnelles, la signification légale de leur langage, à l'égard de leur "postérité," était simplement la suivante: que leurs espoirs et leurs objectifs, en concluant cet accord, étaient que ce dernier pourrait se révéler utile et acceptable à leur postérité; qu'il pourrait promouvoir leur union, leur sécurité, leur tranquillité et leur bien-être; et qu'il pourrait tendre à "assurer pour eux les bénédictions de la liberté." Le langage n'affirme et n'implique pas le moindre droit, pouvoir, ou disposition, de la part des parties originales de l'accord, de forcer leur "postérité" à vivre sous les termes de celui-ci. S'ils avaient voulu contraindre leur postérité à vivre sous cet accord, ils auraient dû dire que leur objectif était, non pas "d'assurer pour eux les bénédictions de la liberté," mais de faire d'eux leurs esclaves; car si leur "postérité" est forcée de vivre sous cet accord, ils ne sont rien de plus que les esclaves de leurs grand-pères idiots, tyranniques, et morts. (No Treason VI.1, p.5.)L'on trouve une autre continuation de l'approche avant-guerre de l'interprétation, dans son explication que la définition de la Constitution du mot trahison "doit être interprétée, comme toutes les autres lois criminelles, dans le sens le plus favorable à la liberté et à la justice," de sorte que "la trahison dont on parle ici, doit être la trahison en réalité, et non pas seulement quelque chose qui a été faussement appelé par ce nom."16 (No Treason II. 2, p. 7.) De la même manière, quand il discute de la clause de la Constitution qui interdit "toute loi qui réduit les obligations des contrats," Spooner remarque que ce langage "présuppose clairement, implique, suppose, et affirme qu'il y a des contrats qui ont une 'obligation,'" et que cette obligation ne peut être que celle "que les contrats ont, sur les principes de la loi naturelle et de la justice naturelle, contrairement à toute obligation arbitraire ou injuste, que des législateurs pourraient prétendre créér," puisque les termes prennent pour acquis qu'une telle obligation "existait, et était connue," et "certainement aucune 'obligation,' autre que l'obligation naturelle, ne peut être déclarée avoir été connue, et appliquable à tout contrat obligatoire, au moment où la constitution était établie." (Letter to Grover Cleveland XVII, pp. 54-59.) Ce passage après-guerre est une quasi-répétition des arguments trouvés dans ses travaux avant-guerre Constitutional Law Relative to Credit, Currency, and Banking (1843; I, p. 3) et A New System of Paper Currency (1861; I. 5, p. 51).17
Il est une maxime de la loi qu'il ne peut y avoir de crime sans intention criminelle; c'est-à-dire, sans l'intention d'envahir la personne ou la propriété d'un autre. Mais personne ne pratique jamais un vice avec une telle intention criminelle. L'on pratique son vice pour son propre bonheur uniquement, et non pas par malice envers d'autres. ... Le gouvernement qui déclare que le vice est un crime, et qui prétend le punir en tant que tel, essaie de falsifier la nature même des choses. Cela est aussi absurde que de déclarer que la vérité est fausseté, et fausseté est vérité. (Vices Are Not Crimes I., pp. 1-2.)Spooner n'applique pas ici la loi naturelle purement en tant que standard externe; au contraire, Spooner utilise sa magie herméneutique immanente sur les termes "crime," "nuisance," et "blessure."
Aucun acte d'une personne ne peut être une nuisance pour une autre, à moins que cet acte n'entrave ou n'interfère d'une certaine manière avec l'utilisation sûre et tranquille, ou la jouissance, de ce qui appartient légitimement à cette personne. (Vices Are Not Crimes XVIII, p. 20.)
Volenti non fit injuria, est une maxime de la loi. Au consentant, aucune blessure n'est infligée. C'est-à-dire, aucun mal légal. (Vices Are Not Crimes XIX, p. 22.)
S'il y avait le moindre doute sur la construction légale de l'autorité donnée au Congrès, ce doute devrait être résolu en faveur de la plus grande liberté, et des droits naturels des individus, parce que nos gouvernements, ceux des états ainsi que le gouvernement fédéral, déclarent être basés sur la reconnaissance des droits naturels des hommes, et être conçus pour les assurer; et toute ambiguïté doit être levée en conformité avec ce principe. (Unconstitutionality of Prohibiting Private Mails I. 10, p. 7; italique ajouté.)L'on pourrait conclure de ceci que la présomption de justice est une règle spéciale appliquable aux institutions légales Américaines, parce que celles-ci en particulier prétendent se baser sur le droit naturel. Mais Spooner représente ceci simplement comme un argument a fortiori, non crucial à sa position; et en effet il recourt librement aux traditions légales pré-Américaines, avec une affection particulière pour la loi Anglaise:
La Loi Commune d'Angleterre, donc, avec quelques exceptions ... consiste, et est identique, au simple principe de la justice naturelle. Dans les anciens temps on l'appelait souvent, "le droit," "le droit commun," et parfois "la justice commune." Magna Carta l'appelle "la justice et le droit." C'est de cela que les amateurs parlent lorsqu'ils discutent de leurs "droits;" de la "justice;" des "droits naturels" des hommes, etc. ... C'est le principe, auquel un honnête homme a recours, lorsqu'il dit, cette chose est à moi et tels sont mes "droits." C'est cette règle du jugement et de la décision, dont les hommes impartiaux intuitivement, naturellement, et souvent, perçoivent qu'elle est juste, pour le règlement de disputes entre des individus à l'égard de leurs droits. C'est le même principe, que les auteurs sur la législation appellent habituellement la loi de la nature et la loi universelle. C'est cette loi naturelle de justice, dont Cicéron dit qu'elle est la même à Rome et à Athène, la même aujourd'hui et demain, et que ni le sénat ni le peuple ne peut abroger. (Law of Intellectual Property (1855) I. 6. 1, pp. 169-70.)Mais comme l'indique cette référence à Cicéron, il est aussi prêt à citer des précédents légaux Gréco-Romains, tels que les maximes de Justinien que "La jurisprudence est la science de ce qui est juste et injuste," "La justice est la disposition constante et perpétuelle de rendre à chaque homme son dû," et "Les préceptes de la loi sont: vivre honnêtement; ne faire de mal à personne; donner à chacun son dû." (Unconstitutionality of Slavery, I.1, p. 15n.)
Tant que ces conditions sont remplies, les hommes sont en paix, et devraient rester en paix, les uns avec les autres. Mais quand une seule de ces conditions est violée, les hommes sont en guerre. Et ils doivent nécessairement rester en guerre jusqu'à ce que justice soit ré-établie.En bref, le mouvement libertaire n'est que l'application systématique de ces normes dont l'application approximative est une précondition universelle à la coexistence pacifique. Même un tyran sadique a besoin de la coopération pacifique de la plupart de ses sujets les uns avec les autres s'il veut garder tout pouvoir. Il n'est donc pas étonnant -- et ce n'est pas une coïncidence -- que les systèmes légaux ont historiquement eu recours, au moins à un certain degré, à des principes libertaires -- ce qui explique pourquoi ils sont là dans l'histoire légale, et pourquoi Spooner les invoque. L'approche "immanente" ne dépend pas d'un coup de chance historique; il est inévitable que les institutions légales incarnent des normes libertaires.
Dans tous les temps, pour autant que l'histoire nous en informe, partout où l'humanité a essayé de vivre en paix avec elle-même, les instincts naturels et la sagesse de la race humaine, ont reconnu et prescrit, comme condition indispensable, l'obéissance à cette seule obligation universelle:càd., que chacun devrait vivre honnêtement envers tout autre. (Natural Law I.1.1, pp. 5-6.)
On doit supposer que tout homme comprend un contrat avec lequel il est d'accord, qu'il le comprenne vraiment ou pas. On doit supposer qu'il comprenne le sens de ses mots; les règles par lesquelles ses mots seront interprétés; et les intentions, que ses mots, ainsi interprétés, expriment. Sinon les hommes ne peuvent jamais faire de contrats qui les contraindront; car un homme ne peut pas se lier à un contrat qu'il n'est pas supposé comprendre; et l'on peut rarement, voire jamais, prouver qu'un homme comprenne vraiment son contrat, ou pas. Si, donc, à tout moment, à travers l'ignorance, la négligence, les réservations mentales, ou les desseins frauduleux, les hommes acceptent des instruments qui expriment des intentions différentes des leurs, ils doivent se plier aux conséquences. L'instrument doit tenir, comme représentant de leurs intentions, et leurs intentions adverses doivent s'effacer par la force des choses. (Unconstitutionality of Slavery II. 17, p. 160.)Ainsi à la fois le contenu libertaire de la loi, et la nécessité d'aller au-delà des intentions des législateurs, se trouvent dans la tradition légale non par un heureux hasard, mais par nécessité.22
Bien que les mots contiennent la loi, les mots eux-mêmes ne sont pas la loi. Si les mots eux-mêmes étaient la loi, toute loi écrite serait capable d'embrasser de nombreuses lois, dans l'esprit, autant de lois différentes qu'il y a de sens différents, et de combinaisons différentes de sens, que l'on peut donner à chacun des mots. ... Il est un principe parfaitement familier aux avocats, et un principe qui doit être parfaitement évident à tout homme qui réfléchira un instant, que, en règle générale, personne ne peut savoir ce que la loi écrite est, jusqu'à ce qu'il sache ce qu'elle devrait être; que les hommes sont capables d'être constamment trompés par les nombreuses et contradictoires significations des mêmes mots, à moins qu'ils ne perçoivent la véritable signification légale que l'on devrait donner aux mots. Et cette véritable signification légale est la signification qui est la plus en accord avec la loi naturelle .... (Unconstitutionality of Slavery II. 14, p. 138.)
Prenant avantage de la notion habituelle que tout ce qui n'est pas régulé est mauvais, les défenseurs du gouvernement soutiennent qu'un marché non régulé doit être abhorré. Ce point de vue est illustré par deux sculptures à l'extérieur du bâtiment de la Commission Fédérale du Commerce à Washington, DC (Une se trouve sur l'Avenue Constitution. Ci-contre, l'autre, sur l'Avenue Pennsylvania.) Les sculptures, qui ont remporté un concours d'art parrainé par le gouvernement des États-Unis pendant le New Deal, représentent un homme utilisant toutes ses forces pour empêcher un cheval de faire un saccage.Si ingénieux, si puissant, donc, est le mécanisme social, que chaque homme, même le plus humble, obtient en une seule journée plus de satisfactions qu'il pourrait produire pour lui-même en plusieurs siècles .... Nous devrions fermer les yeux sur les faits, si l'on refusait de reconnaître que la société ne peut pas présenter de combinaisons aussi compliquées dans lesquelles le droit civil et pénal jouent un rôle aussi minime, sans être soumis à un mécanisme prodigieusement ingénieux. Ce mécanisme est l'objet de l'étude de l'économie politique ....Cette même leçon est enseignée par le fondateur de la FEE, Leonard Read, dans I, Pencil.
En vérité, tout cela aurait-il pu arriver, des phénomènes aussi extraordinaires auraient-ils pu avoir lieu, à moins qu'il n'y ait eu dans la société un ordre naturel et la sage qui fonctionne à notre insu?
Conformément à la tradition américaine, qui pense la question du voile sous l’angle de la liberté religieuse, le président américain a cru également devoir désigner un ennemi commun : ces affreux pays laïques qui interdisent à une musulmane de se couvrir la tête.Mme Fourest, ce n'est pas la première fois que je lis des stupidités sur votre blog, mais celle-ci dépasse l'entendement. Penser la question du voile sous l'angle de la liberté religieuse. Mais s'il est interdit, sous quel autre angle voulez-vous prendre la question ? Et pourquoi est-ce même une question ?!! Ces affreux pays "laïques" qui interdisent quoi que ce soit, ne sont plus laïques de ce fait même. Faut-il rappeler la définition du mot laïcité ? J'ai l'impression que oui.
laïcitéAlors que se passe-t-il quand l'état dicte aux religieux ce qu'ils peuvent porter, et quand ? Est-ce que la séparation n'est pas l'absence d'influence, dans un sens comme dans l'autre ? Si l'état dicte aux religieux, cela n'est-il pas aussi immoral que si les religieux dictent à l'état ? Quelle est la base de votre opposition aux théocraties islamiques ? Le principe de liberté, ou l'esthétisme du voile ? La disposition de son propre corps, ou l'imposition de vos codes vestimentaires ?
n.f. laïcité
1. Caractère de ce qui est laïque, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes.
2. Organisation politique fondée sur la séparation de l'Église et de l'État, en partic. dans le domaine de l'organisation de l'enseignement public.